Texte - Libéré·e·s ou enchaîné·e·s ?

Libéré·e·s ou enchaîné·e·s ?

Une idée dans la tête.

Un projet qui grandit.

Une création réalisée.

La passion est née.

 

Tu vois de quoi je parle hein ? Tu sais, cette passion, là. Celle qui te dévore de l'intérieur, celle qui brûle ton âme, celle qui te fait frissonner ou sourire, celle qui t'énerve quand tu échoues et te fait rire quand tu réussis, celle qui donne un sens à ta vie et qui te perd dans un tourbillon de sensations dont tu ne trouves pas la sortie. Fibre artistique.

Depuis que j'ai commencé à créer sur Internet, je me sens libre. Ce moment où j'ai senti que l'art devenait un élément clé de ma vie, c'était comme si je déployais enfin des ailes restées pliées dans mon dos depuis déjà trop longtemps.

Cécité interne.

Aveugle à toi même.

Ouvre les yeux, et regarde toi. La réponse, elle est là, juste en face. Trouve ta voie. Tes ailes, blanches innocence ou noires nuit, ouvre les, et envole toi. Laisse toi porter par les vents et leurs murmures. Monte aussi haut que tu peux.

 

Tous les jours depuis que j'ai déployé les miennes, j'essaie d'aller toujours plus loin dans les hauteurs.

Cet envol s'est fait lentement, dans une douce progression au rythme régulier, tel le courant d'une rivière ou le souffle d'un enfant endormi. Lentement, et en plusieurs étapes.

D'abord écrire. La plume glisse sur le papier, et j'écris sans réfléchir, entraînée par une fièvre particulière. Inspiration. Laisse toi porter par ton esprit, en symbiose avec les battements de ton coeur. La musique dans les oreilles, une douce mélodie obscure t'accompagne.

Ensuite dessiner, prendre un crayon et tracer, rendre vivant n'importe quoi juste avec des traits inscrits avec précision. Explorer les logiciels, étendre le domaine, se rapprocher du graphisme. Modifier, assembler. Créer toujours plus.

Et enfin, troquer textes et fictions contre des scripts. Allumer sa caméra, filmer, jouer, parler, bouger, éteindre sa caméra. Monter. Exporter.

Finir par une dernière étape. Publier. Partager. Aux yeux du monde, publiquement. Pouvoir donner son avis, s'exprimer, sans que l'âge ou le rang ne soit un réel critère. Internet, le lieu où tou·te·s peuvent laisser leurs opinions sur une infinité de sujets, le lieu où la parole n'est pas gérée par une simple élite, minoritaire, et qui n'est pas représentative de la population.

 

Liberté.

Mensonge aussi.

 

Ils sont jolis mes mots, elles sont belles mes phrases avec leurs métaphores, mais elles ne sont pas vraies. Pas complètement du moins.

Internet n'est pas une plateforme où tu es pleinement libre, malgré que ce que tu peux penser. Il y a toujours cette chose, qui te pousse à te surpasser mais qui devient vite un boulet enchaîné à ton pied.

Le public.

Tou·te·s ceux·celles qui te suivent. Tou·te·s ceux·celles qui t'encouragent, te conseillent, s'enthousiasment, commentent, partagent. Iels sont tellement importants, iels te permettent la visibilité, parfois même, iels sont la source de ton salaire, ou d'une plus petite somme d'argent bien utile. Juste par leur clic. Iels ont le pouvoir de faire vivre tes œuvres. Et c'est bien le problème.

 

Ce pouvoir peut les rendre terriblement dangereux.

Iels commencent à croire qu'iels sont indispensables.

Iels commencent à penser que tu leur dois quelque chose.

Iels commencent à estimer qu'iels peuvent exiger des choses.

Iels commencent à devenir une entrave, un cancer qui te ronge de l'intérieur.

Iels commencent à utiliser l'anonymat de leurs pseudonymes pour te cracher dessus. C'est tellement facile de te parler comme à un·e moins que rien parce que ta création n'a pas plu, parce que tu as fait une erreur, eux·elles n'en font jamais bien sûr.

 

Iels commencent à penser qu'iels te connaissent, répandent rumeurs, infos, anecdotes, histoire de te faire passer pour une saloperie qui profite des gens, alors que toi, tu n'as que le mot passion à la bouche.

Toute cette pression, tu la gardes au fond de toi. Tu essaies de faire ce que tu as envie, mais sans cesse tu penses à eux·elles, à ce qu'iels veulent. Iels finissent par t'imposer un rythme de publication, à t'interdire certains contenus, à te refuser de parler de sujets précis. Tu te brides à cause d'eux, ça te fait mal, mais la communauté grandit, en symbiose avec l'étau qui se resserre autour de ton cou.

 

Tu voulais juste créer des choses, partager ta passion et des idées ?

Alors pourquoi tu suffoques là ?

Attends une minute, respire, et rappelle toi. A quel moment as tu perdu cette belle liberté que tu avais découvert en venant sur la Toile ? A quel moment ce public qui te poussait à continuer est-il devenu ces chaînes qui t'empêchent d'avancer ?

 

Ferme les yeux.

 

Brise ces liens qui te retiennent, et s'il te plaît, quel que soit ton domaine de création, fais ce que tu as envie de faire. S'il te plaît, déploie à nouveau tes ailes, aussi abîmées soient-elles, et envole toi.

J'ai tant envie de te voir en haut des cieux.


 

 

Cher public.

Non mieux, toi. Toi qui me lis, toi qui suis un·e, deux, trois, ou beaucoup plus d'artistes, s'il te plait, concentre toi sur ce que je vais te dire.

Tu es utile, tes commentaires permettent une progression, une prise de recul. Tu nous pousses à nous surpasser, tu nous soutiens, on t'aime, vraiment. Mais nous ne te devons rien, nous avons créé des choses avant que tu ne sois là, nous en créerons peut être d'autres après ton départ. Si tu nous découvres et que tu restes, c'est bien que nos créations te plaisent, donc n'essaie pas d'influencer notre travail avec autorité.

 

Si un·e musicien·ne dit qu'iel a supprimé la chanson sur laquelle iel travaillait parce qu'iel ne l'aimait pas, ne réponds pas « mais si ça doit être bien, fais nous écouter on te dira ».

Si un·e écrivain·e dit qu'iel ne publiera pas un texte car iel le trouve mauvais, ne lui réponds pas « poste le quand même on verra ». C'est gentil, mais à partir du moment où l'artiste n'aime pas, fais lui confiance pour estimer que son travail n'est pas bon pour lui·elle.

 

Un·e artiste qui donne son avis dans ses créations n'est pas nul·le, politisé·e ou manipulateur·ice. Iel est humain·e et donne juste son opinion, c'est son droit, tu peux ne pas aimer, mais tu n'as pas à utiliser ce critère pour le critiquer. La liberté d'expression, c'est valable dans les deux sens, grosse communauté derrière ou non. Et ne dis pas « ça influence les plus jeunes ». Si des enfants sont sur Internet, c'est la responsabilité des parents, pas des créateur·rice·s. Et par ailleurs, note bien que lorsque je parle de partager son avis, je ne fais pas référence à une quelconque incitation à la haine. Homophobie, sexisme, racisme, transphobie et autres discriminations ne seront jamais des opinions.

 

Si un·e artiste réussit, ne le jalouse pas. Qu'est ce que ça peut te faire qu'iel gagne de l'argent ? Si ça leur apporte de l'aide, on s'en fout non ? L'important c'est la création. Il faut arrêter de haïr ceux·celles qui ont la chance de vivre leurs rêves, iels devraient être des modèles, des objectifs.

Si tu n'aimes pas un contenu, ne souhaite pas que le·a créateur·rice arrête. C'est tellement malsain. Je t'explique. Tu souhaites donc détruire le travail de quelqu'un parce que TU n'aimes pas, donc tu pars du principe que le monde tourne autour de ta petite personne, tu te fiches de ceux·celles qui aiment, il n'y a que toi qui compte. De plus, tu détruis peut être le rêve de toute une vie, une passion, et cela à une personne qui ne t'a rien demandé et qui veut juste vivre son kiff. Et ça, c'est encore plus dégueulasse que tout le reste.

 

Alors sois raisonnable, si tu n'aimes pas quelque chose, fais une critique constructive et respectueuse, ou alors ignore l'artiste et laisse le·a faire ce qu'iel veut sans le·a faire chier. C'est pas difficile, je t'assure.

 

Je parais peut-être violente, agressive, méchante, sèche, froide envers toi. Tu n'es peut-être pas concerné·e, tu es peut-être adorable. Mais il y a certaines choses qu'il faut savoir. Sur Internet, c'est pas facile de créer. Les critiques sont souvent offensives à cause de l'anonymat, il est dur d'avoir les épaules pour supporter ça.

Il faut croire que derrière un écran, nous oublions trop souvent que nous parlons à des êtres humains.

Je t'en prie.

Pour que ce système fonctionne, fais attention à ta façon de gérer le contenu que tu regardes. Les artistes t'aiment, tu es un membre de leur public, tu es utile, tu es précieux·se, mais tu es autant une aide qu'une entrave.


 

Love.

Laiah, p'tite artiste qui tient à sa liberté

 

 

Un grand merci à ma bêta, Emma, pour sa correction rapide, pour son avis constructif, pour ses compliments qui m'ont touchée, pour son soutien permanent, pour sa patience avec une auteure aussi casse pieds et exigeante que moi, pour sa présence à mes côtés. Tu n'imagines pas à quel point tu es importante pour moi Emma, ton aide m'est énormément précieuse, je n'aurais imaginé une meilleure bêta que toi. Sincèrement, merci d'être là.


 

/Septembre 2016 à Février 2017/

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