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Fanfiction SNK – Versus titans
Laiah vs titans, ou l'univers pas si fictif que ça
Cette fiction était à la base une nouvelle de six chapitres disponible sur Wattpad sous le nom « Laiah vs titans, ou l’univers pas si fictif que ça » écrite quand j’étais au lycée. J’avais continué l’écriture dans une version plus longue car l’exercice avec le manga était plaisant.
Il s'agissait lors de l’écriture de la nouvelle d'une sorte de parodie sérieuse, je m'explique : en lisant masse de fanfictions SNK, j'ai remarqué que le concept de l'auteur·rice qui se met iel même dans son histoire, en venant de notre monde pour atterrir dans celui du manga et ainsi rencontrer les personnages, était très récurrent. Du coup, je m’étais demandée comment je réagirais, et ce qui m'arriverait, si je me retrouvais envoyée dans cet univers. Bon la réponse est simple, je me ferais bouffer de façon immédiate. Ce détail à part, ça m'avait donné envie d'écrire une histoire comme ça (en partant du principe que je meurs pas trop du coup, sinon cela aurait été très court). En plus d'assouvir ma curiosité, c'était un excellent exercice d'écriture. L’histoire reprend donc les codes principaux de ce genre de fanfictions avec un peu de jeu sur ses clichés, et en incorporant des références personnelles qui rendront le tout plus réaliste. J’ai commencé à écrire quand j’avais dix-sept ans, même en poursuivant des années après, je vais essayer de rester dans la maturité émotionnelle et le fonctionnement psychologique de mon adolescence. Ah et histoire de me faciliter la tâche dans un univers où les connaissances médicales sont limitées, on va oublier cette histoire d’AVC. Pas d’handicap dans ce merdier. C’est moi l’autrice donc je décide de m’épargner ça.
Attention, il y a du SPOIL dans cette fiction, du manga comme de mon autre histoire Liés par la sang. D’ailleurs, là je vais lâcher un spoil, arrête-toi de lire si tu ne veux pas savoir : quand j’avais seize ans, l’arc final du manga n’avait pas encore commencé, on ne savait pas encore ce qu’Eren allait faire, donc je ne vais rien modifier aux « réactions » que « j’aurais eues » face au personnage. Parce que bon, j’ai jamais été très génocide, qu’importe mon âge, mais pendant toute la partie de la fiction où j’ignore ce qu’Eren va faire dans son avenir, je vais être sympathique à son égard.
Cet écrit ne sera pas aussi conventionnel que mes autres créations, pas de prologue, ni d'épilogue, encore moins de trame scénaristique prévue à l'avance. J'écris simplement, et j'arrêterai quand j'en aurai marre ou bien quand j'aurai fait le tour du concept (mais rien ne sera bâclé, c'est pas mon style).
/Mai 2018 à ????/
[TW : combats, mort, violence, sang]
Chapitre 1 : La chute
/Point de vue Laiah/
Je soupire, frustrée, avant de laisser mes doigts pianoter avec agacement à deux centimètres de mon clavier. Voilà deux heures que je travaille sur ma fiction SNK, deux heures que j'écris et efface en boucle mes paragraphes, insatisfaite de ma plume. Ce chapitre me prend la tête, j'ai l'impression de ne pas être suffisamment fidèle à la psychologie de ce foutu caporal parfois aussi expressif qu'un caillou, malgré le temps passé à étudier le personnage. Devant moi, le tome deux de Birth of Livaï me fait de l’œil. Je l'ai lu tant de fois pour apprendre tout ce que je pouvais de cet homme fictif que j'apprécie mettre en scène dans certaines de mes productions littéraires. Contrariée par mon incompétence d'autrice médiocre, je saisis le manga et ouvre une page au hasard. Soudain, ma tête me lance une douleur incroyable. J'ai l'habitude des migraines, mais celle-ci est relativement brutale. Je ferme un instant les yeux, puis je me sens tomber. Sauf que je ne rencontre pas le sol de ma chambre, je continue ma descente rapide. Je sais bien que je mesure un mètre soixante, mais jusqu'à preuve du contraire, le parquet n'est pas si loin de ma chaise. J'ouvre alors les paupières, ce qui ne change absolument rien puisque je suis dans le noir le plus total. J'essaie de réfléchir. Point numéro un, je suis actuellement en pleine chute, ce qui me rappelle un souvenir fort désagréable composé d'un accident d'escalade, de deux vertèbres cassées et d'une mort évitée de peu. Point numéro deux, je ne suis plus dans ma chambre mais dans un endroit obscur. J'ai beau vivre sans lumière, je privilégie tout de même une pénombre qui ne m'ôte pas la capacité très utile de voir. Point numéro trois, je ne peux rien faire d'autre que me laisser tomber. Je suis entourée de vide, il n'y a donc rien pour me rattraper. Point numéro quatre, je suis certaine de n'avoir bu aucune boisson alcoolisée depuis les dernières vingt-quatre heures, ce qui est un indice positif concernant mon état cérébral. Je commence à songer que cette descente est très longue, et que si sol il y a, je vais finir en purée. Perspective intéressante dont je me passerais volontiers. Si j’avais crié, j’aurais été forcée d’arrêter par manque d’air, et l’idée de devoir reprendre une inspiration pour pousser un nouvel hurlement paraît relativement ridicule. Autre problème, je ne parviens pas à gérer les multiples questions qui traversent mon esprit. Que s'est-il passé ? Où vais-je atterrir ? Suis-je morte ? Inconsciente ? En train de rêver ? Si ce n'est pas déjà le cas, vais-je mourir ? Merde, j'avais pourtant prévu de dépasser la barre des vingt-cinq ans pour gagner mon pari contre mes potes, qui pensent que je vais clamser avant avec mon rythme de vie. Une voix me sort alors de mes pensées.
« Ton corps doit s'adapter à la survie »
L'intonation est chantante, le son léger et résonnant. Les propos sont appréciables, ils supposent que je vais rester en vie et j'admets que l'idée me convient. Je sens des picotements en moi et lève mes mains devant mon visage pour les regarder, elles brillent. Il ne me faut qu'une fraction de secondes pour comprendre que mon corps entier scintille. Je me souviens que je suis en train de tomber en plus de devenir une ampoule, j'imagine que c'est le bon moment pour commencer à paniquer. La situation est tellement lunaire que j’en oublie presque qu’il n’y a aucun sol sous mes pieds. Alors je reste là, à dégringoler, tout en me demandant si mes cours de philo peuvent m'être utiles pour relativiser. Que dirait mon prof dans une telle situation ? Ouais nan, mauvais exemple. Les sensations deviennent plus marquées, elle parcourent mon corps. C'est extrêmement désagréable. Putain, j'ai l'impression de fondre de l'intérieur. Mes yeux me brûlent, mes cheveux semblent s'arracher. La douleur s'amplifie partout et cette fois, je hurle sans pouvoir me retenir. Je ne suis pas un personnage fictif, ni une héroïne, quand j'ai mal, je ne serre pas les dents pour me relever et lancer une punchline stylée à mon adversaire, en plus j'ai pas d'adversaire, à part la gravité peut-être. Alors sous l'intensité de la souffrance qui me submerge, je réagis comme tout figurant de film qui se respecte, je m'évanouis.
/Point de vue Livaï/
Je lâche la main du soldat qui vient de rendre son dernier soupir et me relève. Petra me regarde tandis que j'essuie le sang qui coule entre mes doigts. Je déteste voir les gens mourir. Un bruit sourd attire mon attention en hauteur. Dans le ciel, un gigantesque cercle noir s'ouvre brusquement. Qu'est-ce que c'est que ce bordel encore ? Je vois une chose minuscule tomber de cette forme sombre. Celle-ci se referme et ce qui chute devient de plus en plus visible. Je plisse les yeux. Je crois distinguer un corps. Une forme humaine. Qui se fait attraper au vol par la main d'un titan qui était en dessous. Comme moi, le monstre avait levé la tête, intrigué par le bruit du phénomène, mais lui n'avait pas réfléchi au pourquoi du comment, il avait juste chopé ce qui ressemblait à un casse croûte.
– Caporal Chef !
Je me tourne pour voir Petra dont le regard est fixé sur la scène. Elle semble inquiète.
– Reste là.
Elle acquiesce tandis que je lance mes câbles en direction de l'humanoïde géant. Aussi rapidement que je le peux, je me dirige vers lui et jette un rapide coup d’œil à ce qu'il tient. Une humaine, inconsciente. Elle ouvre alors les yeux et un éclat de surprise mêlé à une inquiétude spontanée traverse ses iris. Je cesse de la regarder et reporte mes observations à plus tard, je dois d'abord l'empêcher de se faire bouffer. Je fonce vers la nuque du titan à pleine vitesse et tranche la partie sensible d'un coup précis. Le temps qu'il tombe, je me précipite vers la main du monstre pour en tirer sa victime. Je la prends dans mes bras pour lui éviter une chute fatale, elle s'accroche à ma veste pendant que je voltige. Je descends mon regard vers elle au moment où elle lève la tête vers moi. Je rencontre ses yeux plein de reconnaissance, qu'elle écarquille tandis qu'un nom murmuré s'échappe de ses lèvres. Le mien.
/Point de vue Laiah/
J'ouvre les yeux en sentant le vent sur mon visage et la pression contre mon corps. La première chose que je vois est la lumière aveuglante du soleil. Quelle idée de vivre dans l'ombre, maintenant, l'extérieur me brûle la rétine. Heureusement, je m'habitue vite et peux apercevoir l'humain gigantesque qui me fixe avec envie. C'est lui qui me tient dans sa main. Finalement, je regrette d’avoir ouvert les yeux, l’inconscience peut-elle revenir ? Please. Mon cerveau, apparemment toujours aussi opérationnel, pour mon plus grand bonheur, me hurle le mot « titan ». Je panique. Une tornade passe derrière le monstre et celui-ci s'effondre, sans avoir l'air de comprendre plus que moi ce qui se passe. Encore une fois, je me sens tomber. Je vais vite détester cette habitude. Un homme s'approche en volant et me tire contre son torse. Par instinct de survie, je m'accroche à lui. Reconnaissante, je redresse la tête vers mon sauveur et plonge dans un regard gris acier que je ne pensais pas rencontrer un jour. Sans même y prendre attention, un murmure s'échappe de ma gorge.
– Livaï.
/Point de vue Livaï/
Nous arrivons près de Petra et je la lâche pour la regarder. Elle s'assoit sur le sol, en état de choc. La soldate de mon escouade s'approche d'elle et lui tend une gourde d'eau, que l'inconnue prend avec un remerciement, tout en lui frottant le dos d'une main réconfortante. Cette fille est étrange. Assez petite, les yeux d'un marron uni mais dont les contours sont d'un noir prononcé longeant ses paupières en pointe, les cheveux entre le châtain et le brun, lisses et longs, avec une grande mèche rouge éclatante sur le dessus et le côté droit. Elle est vêtue d'une façon que je n'ai jamais vue auparavant, même chez les nobles. Elle porte un pantalon sombre, sur lequel pendent des chaînes en acier et des bretelles rouges et noires, et un t-shirt ample ébène et gris, au motif de chauve-souris. Autour de son cou est serré un collier de fils entremêlés et ses bras sont ornés de bracelets couleur charbon avec des sangles ou des chaînes. Elle a des mitaines de la même teinte, mais pas de chaussures. Je fronce les sourcils. D'où sort-elle ? Comment connaît-elle mon nom ? L'inconnue redonne la gourde à Petra avant de regarder autour d'elle d'un air perdu. Je me décide alors à parler.
– Hey, comment tu t'appelles ?
Elle tourne le regard vers moi.
– Laiah, répond-t-elle d'une voix vacillante.
Je m'approche et m'accroupis devant elle pour être à son niveau. Elle semble mal à l'aise.
– Tu m'expliques comment t'es tombée du ciel ? Et d'où tu viens ? En passant par le fait que tu saches mon nom ?
Petra est toujours à ses côtés. Je regarde attentivement la fille mais peux sentir le regard curieux que la soldate porte sur nous. L'adolescente prend une grande inspiration.
– Je ne sais pas comment je suis arrivée ici, ce n'était ni ma volonté, ni mon action. Je viens d'un autre univers, je ne saurais le situer par rapport à celui là, et je connais ton nom et celui de beaucoup d'autres pour la raison que chez moi, ce monde existe à travers une œuvre fictive.
Je reste muet de stupeur à sa dernière phrase, tout comme Petra.
/Point de vue Laiah/
Récapitulons, j'ai failli me faire bouffer par un humanoïde géant, je suis encore en vie grâce à Livaï, et Petra vient de me donner à boire. Pas moyen de douter, je suis dans L'attaque des titans. Voilà une nouvelle merveilleuse, mon espérance de vie vient donc de passer de vingt-cinq ans à environ trois minutes, en partant du principe que les deux soldats restent là, sinon j'opte pour dix secondes : six le temps qu'un titan me prenne et le reste pour me mâcher. Du coin de l’œil je peux voir le personnage que je préfère dans le manga me fixer avec un air très chelou. Je ne suis pas surprise, dans mon monde, certaines personnes me regardent déjà avec incompréhension à cause de mon style, alors dans le leur, j'imagine que mon allure de cadavre exquis gothique, punk, à l’influence Pop Culture soupçon clocharde doit faire tiquer. Il me demande alors mon nom, je lui donne. Déjà, notons qu'on parle la même langue, ce qui est une excellente chose. S'il m'avait abordée en japonais ou en allemand, j'aurais vu flou. Il avance et s'abaisse pour être à mon niveau, quelques centimètres nous séparent, je ne me sens pas bien. Maintenant qu'il est en face de moi, je trouve étrange le fait d’avoir écrit sur sa vie, dessiné son visage, ou admiré sa psychologie qui n’est en réalité que le résultat d’un passé empli de traumatismes. Sans parler du fait d’avoir plein d’images de lui sur mon téléphone comme références de dessins ou simplement parce que des fanarts sont stylés. Je me rends compte que je n'ai pas mon smartphone avec moi. Tant mieux, en plus j'ai pas de forfait dimension parallèle donc je n'aurais pas pu l'utiliser. Livaï me pose une série de questions. J'ai pas intérêt à merder. Vu le nombre de fanfictions que j'ai lues dans lesquelles l'autrice (la majorité du temps c’est une meuf) se retrouve dans l'univers de SNK, je connais une bonne centaine de possibilités concernant la suite des évènements. Il faut absolument que je réfléchisse et que je réponde correctement, tout en étant honnête parce que je n'ai pas envie de me faire comme ennemi l'homme le plus fort de l'humanité. Je prends une grande inspiration avant de parler. Quelques phrases courtes, sans détails. De toute façon, ce n'est pas le lieu idéal pour taper la causette. J'ai hésité à vouvoyer mon interlocuteur. Au final, j'ai opté pour ce qui me semblait le plus naturel, suivant son exemple puisqu’il m’a tutoyée, et puis au pire, si ça le dérange, il me le dira. Le silence accueille mes propos, je suis encore plus mal à l'aise que tout à l'heure. Je sens les regards lourds des deux militaires sur moi, j'ai envie de partir en courant. Heureusement, une voix me sauve de cet instant gênant.
– Livaï, on se replie ! lance Erwin en approchant sur sa monture.
Il croise alors mon regard avant de détourner son attention sur le caporal.
– Qui est-elle ?
Finalement mec, tu ne seras pas mon sauveur, j'ai trop peur de ce que tu vas faire quand tu sauras que je suis tombée des nuages. Le brun se relève et explique ce qu'il s'est passé. Le major semble réfléchir un instant puis il prend une décision.
– Trost a été attaqué, nous devons rentrer au plus vite. Garde-la avec toi Livaï, et ramène-la en lieu sûr de l'autre côté du mur, nous aviserons plus tard lorsque nous serons au QG. Il vaut mieux garder ça secret pour l'instant, le temps de mettre les choses au clair, alors agissez avec la plus grande discrétion.
Il me regarde intensément, je hoche la tête. Pas de soucis, la discrétion me va très bien. Il s'en va alors en talonnant son destrier. Petra s'éloigne un instant et revient avec deux chevaux. Elle en monte un et attend. Je me lève à mon tour, comprenant que rester par terre n'est pas dans le programme. Livaï retire sa cape verte et me la glisse sur les épaules avant de rabaisser la capuche sur mes cheveux. Il monte ensuite sur le deuxième animal et me tend la main. Je grimpe derrière lui et l'entends me parler.
– Tiens-toi tranquille, ne te fais surtout pas remarquer et si je te dis de faire quelque chose, obéis.
– Entendu.
J'ai beau apprécier le manga, les personnages et tout ce bordel, là, j'ai peur. Il lance son cheval au galop pour rejoindre le mur, suivi de Petra, et je m'accroche une nouvelle fois à lui, histoire de conserver mon équilibre.
Chapitre 2 : Le bataillon d'exploration
/Point de vue Laiah/
Tout s'est passé très vite. Quand nous sommes arrivés à Trost, la porte détruite dans le mur était bouchée par un énorme rocher, nous avons du laisser les chevaux pour voler par dessus la haute muraille. Enfin, je dis nous, je devrais dire eux. De mon côté, j'étais plus l'équivalent d'un cartable maxi format pour le dos du caporal. Livaï m'a laissée en haut du mur le temps qu'il aille découper quelques titans, c'est Petra qui est restée avec moi. Pour me protéger, ou me surveiller, je ne sais pas trop. En tout cas, ça m'a laissé la possibilité d'analyser la situation. Tout semble concorder avec le manga pour le moment, nous sommes dans l'arc où Eren découvre son pouvoir. En d'autres termes, si tout correspond entre la fiction et la réalité, je connais le futur de ce monde pour les prochaines semaines ou années. C'est à peine flippant. Du haut de mon perchoir, j'ai aperçu l'adolescent se faire emmener par les brigades spéciales, il était inconscient ou du moins inerte. Ensuite, le caporal est revenu me chercher, il m'a discrètement fait traverser le mur et m'a emmenée dans le quartier général du bataillon d'exploration. J'ai du rester enfermée quelques heures dans le bureau d'Erwin en attendant le retour de ce dernier. Quand il est entré dans la pièce, il était accompagné de Petra et Livaï, les seuls à connaître mon existence et les témoins de mon arrivée, mais aussi d'Hanji. Actuellement, je suis la cible de regards pesants, ce qui me fout les boules, soyons honnêtes. Je viens de tout raconter. Mon arrivée, mon monde, mais aussi l'existence de la fiction et ce qu'il s'y passe jusqu'à l'arc de Trost. Jusque-là, j'ai tu la probabilité que je connais le futur. S'il y a une chose que j'ai appris avec les films et les bouquins, c'est qu'on ne joue pas avec le temps, je ne veux pas tout chambouler. D'un autre côté, j'ai peut-être le savoir pour les aider. Et si on se rapporte à la morale, je suis certaine d'être dans l'incapacité de laisser mourir tant de personnes. Et allez, je recommence avec la philo. Je me sens prise dans un dilemme impossible à trancher. Mais avant de décider, je dois savoir si tout ce que je connais est la vérité, où si la fiction de mon monde est différente de la réalité du leur. Je me risque donc à briser le silence.
– Hum, je ne sais pas trop comment aborder le sujet, mais il est possible que la fiction SNK concorde avec votre univers, et si c'est le cas, cela signifie que je connais en grande partie votre futur. Mais je ne souhaite pas m'avancer trop vite, il faudrait déjà que je puisse vérifier si mes connaissances sur le passé sont totalement exactes.
– Comment ? demande Erwin, intrigué.
J'hésite. Mon regard croise celui du caporal. Je n'ai pas vraiment le choix, c'est la seule idée que j'ai.
– Il y a deux livres hors série sur le personnage de Livaï puisqu'il est très apprécié du public. Si sa vie racontée dans ces œuvres correspond à celle qu'il a vraiment eue, ça prouvera la véracité de mes informations.
Le grand blond prend un instant pour me fixer, puis il dirige son attention vers son ami, qui ne peut réprimer un son agacé. Je le soupçonne de s'apprêter à m'envoyer chier, il n'est pas vraiment réputé pour son tact. Cependant, le brun se contente de faire un pas vers moi.
– Dans ce cas, tu vas me raconter ça. Sans les autres, mon passé ne regarde personne.
Son ton n'implique aucune possibilité de protestation. Je jette un œil vers Erwin qui approuve d'un mouvement de tête et désigne la porte sur le côté. Je me lève de la chaise et entre dans la pièce jumelle du bureau. Il s'agit des quartiers du major. Le caporal referme derrière lui et s'adosse à la grande planche de bois. Sur son indication, je commence mon récit, donnant un maximum de détails. Les seules choses que je ne dis pas sont celles que lui même ignore, notamment ses origines, et celles de Kenny.
/Point de vue Livaï/
Laiah cesse de parler. Je ne sais pas quoi penser. Elle connaît mieux ma vie que quiconque, peut être même la connaît-elle mieux que moi puisqu'elle sait le futur de notre monde. Tandis qu'elle parlait, elle m'a laissé l'opportunité d'analyser la moindre de ses émotions. Était-ce son choix, ou bien est-elle simplement incapable de masquer ce qu'elle ressent ? Dans tous les cas, j'ai pu voir chacun des sentiments qui perturbaient ses iris, j'ai pu entendre l'admiration dans sa voix, la compassion aussi. Mais ce qui m'a le plus surpris, c'est lorsqu'elle a conté la mort d'Isabel et Furlan, elle prenait soin de bien choisir ses mots – voulait-elle me ménager ? - et son ton vacillait en même temps que ses yeux brillaient. Un livre fictif l'aurait tant touchée, ou bien est-ce que le fait que tout soit maintenant réel à ses yeux lui fait prendre conscience de l'horreur des évènements ? Elle me dévisage en silence, attendant ma réaction. Je me passe une main dans les cheveux en soupirant, puis plonge mon regard dans le sien. Encore une fois, elle ne cache pas son émoi intérieur, je peux clairement déceler la peur qui la tiraille.
– Tu connais ma vie à la perfection, c'est perturbant, je lance finalement.
– Aussi perturbant que de tomber dans un monde sensé être une fiction, répond-t-elle machinalement.
Un point pour toi. Malgré son angoisse perceptible, elle maintient une répartie stable et conserve un sang froid assez improbable. Surprenant. Une question passe dans mon esprit, je la saisis avant qu'elle ne s'échappe et la pose à l'adolescente.
– Tu connais par cœur la vie de tout le monde ? Et les évènements ?
Elle réfléchit un instant et hausse les épaules.
– J'ai sûrement quelques doutes concernant ce qu'il se passe ou va se passer, mais dans les grandes lignes, ouais. Pour les gens, ça dépend, si leur histoire a été racontée dans les mangas, je connais. La tienne, c'est un peu différent.
– Pourquoi ?
– Déjà parce que tu es un personnage populaire qui a eu le droit à deux tomes sur lui comme je le disais, et je ne déroge pas à la majorité, tu es aussi celui que je préfère, souffle-t-elle en détournant les yeux, et aussi parce que j'ai travaillé à partir ton récit.
– Travaillé ? je questionne en haussant un sourcil.
– Je suis autrice, m'informe-t-elle, légèrement embarrassée, j'aime créer des histoire, mais j'apprécie aussi écrire à partir de fictions, et j'avoue que j'adore bosser sur ton personnage, il est constructif, développé et plein de potentiel littéraire.
Je hoche la tête. Décidément, cette situation est de plus en plus étrange. Je me demande ce qu'elle écrit sur nous, mais il y a plus important à régler. J'ouvre la porte et nous retournons dans le bureau. Erwin, Hanji et Petra, nous attendent, le regard impatient. J'annonce le verdict pendant que Laiah retourne sur la chaise.
– Tout est exact, dans les moindres détails.
Erwin se tourne vers l'étrangère. Nous avons à présent tous conscience de l'influence et du pouvoir que cette gamine a sur notre monde.
– Que comptes-tu faire ? demande-t-il.
Elle ne répond pas immédiatement, perdue dans ses pensées. En la regardant mieux, je comprends qu'elle est en proie à une intense réflexion.
/Point de vue Laiah/
La question du major me pousse à réfléchir vite. Je dois prendre une décision. Je dois faire très attention à mes choix, je n'ai pas le droit à l'erreur, des vies sont en jeu. Putain, je suis stressée. Déjà que dans mon univers, je suis sujette à l’angoisse avec beaucoup de facilité, je n’avais pas besoin de ça. Je finis par entrevoir une solution, j'espère très sincèrement ne pas me tromper. J'ai si peur de regretter. Je parle enfin.
– Si j'opte pour la solution la plus raisonnable, je ne peux pas jouer avec le temps. Les conséquences peuvent être catastrophiques. Je n'ai pas le droit d'essayer de modifier les évènements. D'un autre côté, mon arrivée a déjà chamboulé le cours des choses. Ce qui veut dire qu'inconsciemment, j'ai déjà bousculé votre époque par ma simple présence. Donc autant vous aider.
Personne ne répond, ils attendent que je continue. Je me force à ne pas regarder Petra avant d'enchaîner.
– De plus, je serais incapable de supporter le fait de voir des personnes mourir alors que je sais que ça va se produire, et que je peux sûrement les sauver. Toutefois, je ne pense pas que tout révéler d'un coup améliorera la situation, au contraire, ça ne fera que l'embrouiller, et vous avec. Mais si je laisse le temps poser les évènements comme ils sont prévus initialement, et que j'use de mes connaissances pour modifier l'histoire en votre faveur au fur et à mesure, je pense que les conséquences seront moins importantes.
Je baisse le regard, sachant pertinemment que je vais avoir honte de mes prochaines paroles.
– J’ai peur en vérité.
Putain Laiah, ces gens passent leur vie à prendre des risques et à frôler la mort pour aider l'humanité, et toi sombre cruche, tu ne trouves rien de mieux à dire que tu flippes ta race ? J'ai envie de me foutre une claque sérieux. Les insultes que je me balance intérieurement ne m'empêchent cependant pas de continuer.
– J'ignore qui m'a envoyée ici, mais cette personne a tenu à ce que je reste en vie si j'en crois ses paroles. Aussi, j'ai conscience que ma présence a un objectif, même si je ne sais pas lequel. Quoi qu'il en soit, j'ai une énorme responsabilité sur les épaules de par le savoir que j'ai sur votre avenir, et je ne suis pas sûre d'être capable de la supporter. J'suis qu'une gamine de dix-sept ans, dans mon monde, je vis encore chez mes parents et je vais à l'école pour étudier la littérature et l’art. J'ai aucune expérience, pas de qualités particulières. En fait, je sais pas ce que je fous ici.
Les soldats me dévisagent. La détresse dont ma voix est empreinte me fait pitié. Je suis ridicule bordel. Erwin semble réfléchir à ce qu'il va faire, c'est lui décidera de la suite. J'attends patiemment son verdict. Il y a deux choses que je veux éviter à tout prix. La prison, et le bataillon d'exploration. Pourquoi ? Ben la première, c'est évident, et le second parce que même si j'ai rien contre le fait de donner ma vie pour sauver des gens, mon incompétence physique et militaire nécessaire dans ce monde ne causera que ma mort prématurée. Quitte à décéder, si je pouvais le faire en étant utile, ça m'arrangerait. Or, si je me retrouve dans ce corps d'armée, je vais me faire bouffer très rapidement, ce sera vite régler. Je reporte mon attention sur le major, il s'apprête à parler. Mon cœur n'a jamais battu aussi vivement.
– Très bien. Laiah, tu vas incorporer le bataillon d'exploration.
Et merde.
Chapitre 3 : Santé ?
/Point de vue Laiah/
Je hais ma vie. Pourquoi Erwin a-t-il pris cette décision ? Il ne rend pas compte que j'ai aucune perspective de survie si je rejoins ses troupes ? DE BASE JE VOULAIS JUSTE PAS MOURIR TROP VITE. Ok, stop. Calme-toi, il a sûrement plus d'intelligence que toi, et son choix doit être justifié.
– Mises à part les personnes présentes dans cette pièce, continua le major, personne ne doit être au courant de qui tu es, d'où tu viens et de tes connaissances. Nous avons des ennemis dehors, mais aussi au sein des murs. Je suis certain que tu le sais aussi bien que moi.
Je hoche la tête. Effectivement, si le gouvernement venait à savoir tout ça, il ne faudra même pas une journée pour que je sois assassinée. Histoire de préserver tous les secrets des politiciens. Fabuleux, vraiment. Je me concentre de nouveau sur Erwin, qui poursuit son explication.
– Si tu restes ici, c'est à la fois pour nous aider comme tu l'as décidé, mais surtout pour qu'on puisse garder un œil sur toi et te protéger. Je vais être aussi honnête avec toi que tu l'as été avec nous, je ne te fais pas encore confiance, ceci dit, j'ai l'intime conviction que tu es sincère dans tes propos. C'est pourquoi je mise sur tes paroles.
Il est vrai que dans SNK, il joue souvent sur le risque. A croire qu'il aime réellement les paris dangereux. Enfin, dangereux, on parle de moi quand même, c'est pas du haut level.
– Afin d'être le plus discrète possible, enchaîne le haut gradé, tu vas te faire passer pour une soldate. Tu devras être formée à nos pratiques militaires dans un laps de temps très court, histoire que ta couverture ne fasse pas défaut. Livaï sera chargé de t'apprendre.
Si je me fie aux fanfictions que j'ai lues, je vais douiller sévère. Erwin se tourne vers le caporal pour lui donner ses directives.
– Laiah intégrera ton escouade, je veux qu'elle reste constamment avec toi, on ne peut pas prendre le risque de la perdre avec le savoir qu'elle possède. Ne la quitte jamais des yeux.
Le brun hoche la tête. Deux sentiments contraires se battent en moi. D'un côté je suis relativement ravie, je rappelle que le major vient d'ordonner au type qui peut assurer ma survie (et sur lequel j’ai un petit crush, avouons-le) de rester tout le temps avec moi, mais de l'autre, je suis assez sceptique envers ce qui m'attend. D’autant plus que j’aime avoir mon espace personnel, et j’ai souvent besoin de solitude. Je suis donc actuellement sur un « mouais », à savoir « moyennement convaincue de ma situation ». Cela dit, ça pourrait être pire, j'aurais pu être dans l'estomac d'un titan à admirer aux premières loges les différentes étapes de la digestion. Hanji s'avance vers moi et pose une main sur mon épaule.
– J'espère avoir l'occasion de discuter avec toi de ton monde, il semble être fascinant !
Je ne l'ai pas encore dit, mais j'aime cette femme. Beaucoup. D'ailleurs, elle est ma crush elle aussi. Oui je tombe très facilement sous le charme de tout type de personne. Le sourire qu'elle m'adresse m'apaise immédiatement. Je lui rends d'ailleurs, bien que plus timidement. La scientifique se tourne alors vers Erwin.
– Et pour le jeune Eren, qu'est-ce que ça donne ? demande-t-elle.
– Il a été enfermé dans les cachots et est supervisé par les brigades spéciales. Il est encore inconscient. Sois patiente Hanji, les démarches pour avoir le droit de l'approcher vont prendre plusieurs jours.
Elle grogne de frustration. Erwin met fin à la conversation et nous indique de sortir. Avant de quitter le bureau, Petra me donne une longue cape sombre pour cacher mes vêtements si particuliers. Je l'enfile et traverse les couloirs en compagnie des trois soldats. Au bout de quelques minutes, Hanji prend un autre itinéraire pour rejoindre son laboratoire.
– Je vais aller te chercher un uniforme, me dit l'autre jeune femme avant de partir à son tour.
Je suis Livaï en silence jusqu'à son bureau. Lui aussi à une porte sur la gauche qui mène à ses quartiers. Une fois dans la première pièce, j'ôte la cape et l'accroche au porte manteau. Je n'ose pas trop bouger et me contente de regarder autour de moi. Tout est si propre et bien rangé. Ma psychorigidité est comblée. Le caporal entre dans la chambre tandis que je reste immobile. J'ai l'air d'une plante verte sérieux. Il m'appelle depuis l'autre côté du mur, m'invitant à entrer dans ses appartements, je retrouve l'usage de mes pieds. Quel formidable progrès. En pénétrant dans le second lieu, je laisse traîner mon regard. Une fenêtre taille humaine donnant sur un balcon à droite, un grand lit au centre, une commode contre le mur, juste à côté de l'ouverture de verre, une étagère en face contre la paroi, et à gauche de ce meuble, une porte ouverte sur une salle de bain. Sobre, efficace, suffisant. A l'image du personnage. Livaï est en train de ranger quelque chose dans le meuble allongé. J'entends toquer au bureau, et Petra entre en s'annonçant. Elle arrive derrière moi, une pile de vêtements dans les bras. Elle me précise qu'elle ira chercher de la rechange pour moi dès le lendemain, j'apprécie l'idée. Elle m'annonce qu'elle s'en va puisque la soirée commence et qu'elle a encore des tâches à effectuer. J'ai envie de lui demander de rester. Le monsieur là, il ne me met pas à l’aise, il est intimidant et moi je suis assez angoissée j’ai pas besoin qu’il en rajoute avec son aura. Je ne dis rien et elle part. J’ai toujours su que mon anxiété sociale aurait ma peau. Beaucoup de fans de la saga aiment faire des vannes sur la taille de Livaï dans leurs écrits, s'imaginant en face le tacler de « nabot ». Moi, avec mon mètre soixante, déjà, je fais pas la fière, ensuite j'ai beau être une rebelle, là je suis pas en état de faire la maligne. Putain, c'est dans ces moments là que j'ai besoin d'un bon shot de vodka. Un, ou peut-être bien quinze. Le caporal me tire de mes pensées pour me dire que si je veux utiliser la salle de bain pour me doucher, c'est le moment. Et bien c'est une excellente idée. Après une journée riche en émotions, c'est exactement ce dont j'ai besoin. Vêtements sous le bras, je vais dans la pièce et ferme le verrou avant de retirer mes fringues de clodo futuriste. Je me laisse glisser sous l'eau chaude avec un soupir de contentement. Bordel, c'est ça la vraie vie, une douche permanente. J'ai rarement dit un truc aussi con. Bref, tandis que je me lave cheveux et corps, je réfléchis à ma situation. Je me demande si chez moi, ma disparition a été remarquée, je me rend compte que mes potes me manquent un peu. Les bâtards. S'ils savaient où j'étais, que diraient-ils ? Je souris en imaginant Eli me demander si Mikasa est encore plus belle en vrai, et Gaëlle me dire de prendre en photo Eren et Livaï qui baisent. Le Ereri est un enfer dans lequel mon amie a sombré bien trop loin je crois. Cela dit, en songeant à ce sujet, je suis rassurée que l’information selon laquelle le caporal partage la chambre d’Erwin soit fausse ici. Non pas que je n’aime pas le ship, qui selon moi est cohérent et bien justifié, en plus d’être nettement moins problématique que le premier mentionné, toutefois, je suis déjà en crise d’angoisse avec le soldat, alors avec le commandant en plus, j’aurais été en état de mort cérébrale. Je sors de la cabine sans avoir vraiment trouvé de conclusion à mon fil de pensées. Tant pis, j'aurais sûrement le temps de philosopher quand je serais entre les dents d'un titan. Mon regard tombe machinalement sur le miroir. Mon attention se porte sur mon reflet. Plus précisément ma taille. J'avais pas un peu de gras là avant ? Je fronce les sourcils et m'analyse sous tous les angles. Le rouge de mes cheveux semble plus éclatant, pourtant, l'eau aurait du l'atténuer. Et ils sont toujours aussi lisses. Où diable est passée ma crinière ondulée ? Ce n'est pas tout, mon corps entier a changé, on dirait que j'ai subi un entraînement intensif, je tends mes bras et sens mes muscles se contracter avec force. Rien de visible à première vue, c'est en s'attardant que je remarque les détails qui changent. Mon anatomie est bien dessinée, elle est à présent dotée d'une fine et discrète musculature qui semble opérationnelle. J'ai eu une mise à jour ou ça se passe comment ? C'est quoi ce bordel putain ? La douleur qui m'a fait perdre conscience quand je tombais, était-ce mon corps qui se transformait ? Pour que je puisse survivre dans cet autre monde ? Quelles autres modifications vais-je remarquer ? Par logique, je dirais que mon métabolisme a du s'adapter aussi, sinon, en arrivant dans un univers avec un mode de vie si différent, je vais pas passer deux semaines avant de choper une maladie locale et mourir de façon nulle. Bon, si j'en crois les médecins qui m'ont fait faire une analyse de sang il y a quelques années, je suis immunisée naturellement contre la varicelle. Sincèrement, j'aurais préféré la peste, ça aurait sans doute été plus utile. Bon bah tant pis hein, va pour la varicelle, au moins j'aurai jamais de boutons sur la gueule. Je quitte mes pensées pour regarder mon visage, mon maquillage a sûrement coulé avec la douche. Je suis surprise en remarquant qu'il a très bien tenu. Le contour de mes yeux est toujours aussi net et noir. Et beh. Ceci dit, je vais éviter de dormir avec, sinon demain matin je vais avoir une sacrée allure. Je prends également conscience que mes lentilles ne vont pas durer éternellement, après, je vais galérer pour voir correctement. J'ouvre le robinet, ferme les yeux et me passe de l'eau sur le visage, essuyant comme je peux le make up. Je rapproche ensuite mon faciès du miroir et écarquille les yeux avec étonnement. L'encre noire n'a toujours pas bougé. Fronçant les sourcils, je tâte autour de mes paupières. Ce n'est pas du maquillage, enfin plus. Ce sont mes yeux qui sont formés ainsi. J'essaie alors de déplacer mes lentilles, mais en posant mon doigt sur l'iris, je ne sens pas le plastique, je n'ai que le contact visqueux de mon oeil. Hein ? Minute. Pas de lentilles, bonne vision, ça veut dire que je ne suis officiellement plus myope. Merveilleuse nouvelle, et c'est pas sarcastique cette fois. Je réalise alors. Le rouge, les cheveux, le corps, les yeux. Putain, je me suis faite mangaïsée. Non le terme n'existe pas, mais la néologie est une invention fabuleuse. Ne trouvant pas d'autres nouveautés corporelles, je tourne mon regard vers les vêtements attendant sur le rebord de l'étagère et commence à m'habiller. J'avais oublié à quel point cet uniforme est stylé. Je n'ai mis ni la veste, ni les nombreuses sangles. Après tout, vu l'heure, je doute que ce soit utile. Je n'ai pas l'habitude des fringues blanches mais je suis tout de même satisfaite, et puis la chemise est agréable à porter, donc je ne vais pas me plaindre. Tiens, Petra a laissé des barrettes, c'est vrai que mes cheveux me gêneront moins si je les attache. Je fixe donc les accessoires sur ma tête, coinçant comme je peux les mèches rebelles sur le dessus. Je sors enfin de la salle de bain et pose ce que j'ai délaissé sur une chaise avant de plier mes anciennes affaires pour les ranger dans un coin. Je cherche Livaï du regard, il est sur le balcon. Je m'avance et m'appuie contre la porte. Il se tourne vers moi et me dévisage de haut en bas.
– Comment vais-je justifier ma mèche rouge ? je demande alors, consciente que la couleur risque de foutre en l'air ma couverture.
– Comment tu la fais ? questionne-t-il.
– Avec du colorant capillaire, une fantaisie qui existe chez moi.
Il me fixe, sceptique.
– Euh, sinon j'ai un ami qui fait ses couleurs à la peinture, dis-je en soupirant.
– Ben t'as qu'à dire que tu t'es foutue de la peinture dans les cheveux alors.
Ok super, merci mec. Je hoche cependant la tête, n'ayant aucune envie de me faire bolosser. Il reprend sa contemplation de la ville. Je le rejoins et m'accoude à la rambarde en admirant cette cité si irréelle et pourtant bien présente. Je suis vraiment dans une drôle de situation. Mais au moins il y a un balcon. Oui c’est un argument, on se rassure comme on peut. Je suis à côté du caporal, ni lui ni moi ne parlons, on se contente de regarder le paysage urbain. C'est lui qui finit par rompre le silence.
– T'écris quoi sur notre monde ?
Je lui explique dans les grandes lignes mon travail, la méthode que j'utilise, je lui parle de la nouvelle avec Synn, je passe brièvement sur Aya'nah, la décrivant comme une orpheline. Hors de question que je lui spoil qu'elle est une Ackerman, sinon je risque de lui révéler ses propres origines sans le vouloir. Je conclus en lui expliquant que c'est un exercice difficile car j'essaie de rester fidèle à la fiction. Je lui décris ensuite comment fonctionne cette dernière.
– Putain c'est dingue.
J'aurais pas dit mieux mon gars.
/Point de vue Livaï/
Laiah se pose à côté de moi, du coin de l’œil, je la vois fixer la ville. Tellement de questions se bousculent dans ma tête. Après quelques minutes, je finis par briser le silence.
– T'écris quoi sur notre monde ?
Elle se tourne vers moi. Puis elle m'explique ce qu'elle fait. Son regard est passionné, sa voix est enthousiaste. Elle a l'air de tant aimer écrire. Plus elle parle, plus je comprends qu'elle travaille beaucoup. Elle doit y passer des heures. Elle semble appliquée à respecter le plus possible la fiction de son monde. Je dois bien admettre avoir du mal à saisir comment l'écriture peut être une vocation si intéressante, mais en l'écoutant parler, je ne peux en douter. J'aurais presque envie de lire ses textes. Malheureusement, je n’aurais pas ce luxe. D’où je viens, la lecture est un privilège, et je ne l’ai jamais eu. Quand elle se tait, je ne sais plus trop quoi penser. Je souffle alors.
– Putain c'est dingue.
Elle sourit.
– Enfin pas autant que changer de dimension, je reprends.
– C'est vrai que même bourrée, j'imagine pas des trucs aussi perchés.
Je lui jette un regard surpris.
– Tu bois toi ?
Laiah rigole. J'ai dit une connerie ? Pourtant, elle n'a que dix-sept ans et semble venir d’un milieu social assez confortable, avec une éducation, et pas autant d’exposition aux dangers que les gosses d’ici.
– Dans mon monde, explique-t-elle, j'habite une ville appelée Nantes, elle est connue pour avoir un excellent niveau en consommation d'alcool. J’ai une réputation locale à tenir, et je crois que ma tolérance à la boisson est assez bonne grâce à la génétique familiale.
Je réfléchis un instant.
– Attends là, je lance.
Je vais dans mon bureau et sors une bouteille d'un tiroir, ainsi que deux verres. D'habitude, je n'ingère de l'alcool que lorsque j'ai besoin de penser à autre chose et souvent, je suis seul. Mais j'ai envie de faire une exception ce soir, surtout avec un événement aussi fou. Je retourne sur le balcon et remplis les deux gobelets avant d'en tendre un à l'adolescente. Elle le saisit et le lève en hauteur.
– A la tienne, déclare-t-elle.
Je pose mes lèvres sur le rebord, goûtant doucement au liquide, tout en la regardant. Je ne peux m'empêcher de lever un sourcil étonné. Elle a avalé le contenu, pourtant fort, d'une seule gorgée. Étonnante cette gosse. Je finis mon verre tandis qu'elle admire le soleil descendre dans le ciel. Puis je lui fais signe de rentrer et elle me suit.
– Tu peux prendre le lit, lui dis-je, j'ai du travail à faire.
Elle acquiesce et je la laisse pour rejoindre mon bureau. Je m'installe en silence, et fixe le mur devant moi. Je n’ai pas menti, j’aurais effectivement des rapports à écrire. La corvée des hauts gradés. Toutefois, Erwin ne m’a jamais confié la tâche de les rédiger, j’ai dit cela pour qu’elle ne soit pas mal à l’aise. J’imagine qu’une adolescente n’a pas envie de partager un lit avec un homme qui est bien plus âgé, et elle a besoin de sommeil, alors avec ma présence, elle risque de peiner à s’endormir, j’ai l’impression qu’elle est sensible au stress. Je reste plusieurs heures ainsi. Je rejoins la chambre pour jeter un regard. Laiah est recroquevillée dans le lit, plongée dans un sommeil profond. Elle tient bien le coup quand même. C'est à peine une adulte, et là voilà propulsée dans un univers différent du sien avec une lourde responsabilité. Beaucoup auraient craqué à sa place. J'espère qu'elle ne fera pas de conneries et qu'elle réussira à nous aider, mais je crains que nos attentes soient trop élevées pour une gamine.
Chapitre 4 : Le quotidien de soldat
/Point de vue Laiah/
Je me réveille en sursaut. Je ne suis pas dans ma chambre. Les évènements de la veille me reviennent à l'esprit. Ce n'était donc pas un rêve. Mes yeux parcourent la pièce avant de tomber sur le caporal. Il est assis sur une chaise, le dos calé contre le dossier et les bras croisés. Et il dort comme ça. Bon, je culpabilise un peu moins de crusher, il est trop mignon ainsi. Je fais quoi du coup ? Je vais pas l'admirer pioncer jusqu'à son réveil ? Une part de moi murmure « et pourquoi pas ? » tandis que l'autre trouve ça creepy. Bon. Je me lève silencieusement et m'empare des sangles et de la veste que j'ai posées, ainsi que des bottes que j'avais retirées pour dormir. Je vais dans le bureau en attendant que Livaï quitte ses songes. Je me souviens avoir mis du temps à trouver le sommeil, il travaillait encore d'ailleurs. Il faut croire que mes insomnies m'ont suivie dans ce monde. Je jette un coup d’œil à la pendule. J'ai dormi quatre heures. Plutôt pas mal. Que pourrais-je bien faire ? Je soupire d'un air las et m'assois contre la fenêtre. Quelques soldats sont déjà levés, ils traversent la cour d'un pas plus ou moins pressé. La vie de militaire. Remarque, s'il y a bien une armée que je respecte, c'est celle-ci. Enfin, le bataillon d'exploration pour préciser. Les brigades spéciales me rappellent un peu trop les forces de l’ordre de mon propre univers. Je jette un regard à mes affaires et me remets debout. J'attache les lanières sur mon corps en espérant ne pas me planter, enfile les hautes bottes et mets la veste aux ailes de la liberté. Quel style quand même. D'une démarche souple, je me dirige vers les étagères. Il y a beaucoup de livres. Je parcours des yeux les ouvrages, je ne veux pas tomber sur des bouquins confidentiels, mais juste trouver une lecture sympathique pour passer le temps. Je finis par tomber sur un écrit parlant de l'armée, son histoire et son fonctionnement. C'est exactement ce qu'il me faut pour parfaire ma couverture. Je saisis l'objet et retourne m'installer contre la fenêtre. Il y a à peine la place de s’asseoir mais j'aime être perchée en hauteur, donc tant pis. Je me plonge alors dans les lignes. C'est si captivant que j'entends à peine la porte s'ouvrir. Je lève la tête de ma page et aperçois Livaï qui me fixe. Il a des cernes sous les yeux et les cheveux en bataille. Mec, ton charisme au réveil est plus haut que le mien quand je passe six heures à essayer de ressembler à quelque chose, quelle injustice.
– Tu lis quoi ? demande-t-il d'une voix rauque, encore ensommeillée.
Je lève le bouquin en guise de réponse. Le caporal s'approche et observe la couverture. Il ne dit rien et se tourne vers son bureau.
– Tu es réveillée depuis longtemps ?
– Environ vingt minutes, je réponds.
– Je m'attendais à ce que tu dormes plus, lâche-t-il.
– Je suis insomniaque.
Il me jette un regard que je ne saurais interpréter. Il se dirige vers la porte, remettant brièvement de l'ordre dans sa chevelure ébène.
– On va au réfectoire, tu dois déjà connaître mon escouade, mais pour éviter de te griller, je vais tout de même te présenter, alors fais semblant.
– Entendu.
J'ai fait trois années de théâtre et j'ai passé quatre ans devant une caméra, je peux jouer ça easy je pense. On traverse les couloirs. Arrivés dans la grande salle, Livaï m'emmène jusqu'à une table. Toute son escouade y est installée.
– Bonjour Caporal Chef, commence Petra avant de me faire un signe de la main pour que je m'assois à côté d'elle.
Livaï se met en face de moi après avoir répondu. Je sens les regards curieux des trois autres hommes. J'ai envie de disparaître, je déteste me faire remarquer comme ça. Putain, mais qui a eu la brillante idée d'envoyer une asociale dans un univers fictif ? Le caporal, apparemment conscient de la situation, vient à mon secours en se raclant la gorge pour capter le regard de son escouade. Merci infiniment.
– Les gars, je vous présente Laiah, il s'agit d'une nouvelle recrue qu'Erwin a envoyé dans mon escouade.
– Les nouveaux ne sont pourtant pas censés arriver avant plusieurs jours, réplique celui que j'identifie comme Erd.
– Laisse-moi terminer, continua le brun, désinvolte. En effet, les cadets de la dernière promotion n'arriveront pas avant une semaine et demi. Il se trouve qu'elle est un cas spécial. Pendant la bataille de Trost, elle s'est faite remarquer par plusieurs haut gradés, dont Erwin et moi.
Le pire, c'est que d'une certaine façon, c'est totalement vrai.
– Après discussion, renchérit-il, il a décidé que ses capacités seraient plus utiles à mes côtés, j'ai donc pris la responsabilité de son entrée dans le bataillon malgré le caractère non officiel. Petra était avec moi à ce moment, c'est pourquoi elles se connaissent.
Livaï se tourne vers moi avant de poursuivre d'une voix neutre.
– Je te présente donc Auruo Bossard, Erd Gin et Gunther Schültz.
Il désignait chaque personne en prononçant les noms. A chaque fois, je dirigeais mon regard vers le soldat appelé, comme si je faisais réellement connaissance. Chacun d'eux me salue avec un sourire accueillant. Ils sont gentils, je dois réussir à sauver leurs vies. Ambitieux projet, mais juste. Le repas se passe tranquillement, j’ai imité Livaï et pris un thé noir. Pourquoi il n’y a pas de café ici ? Mon addiction à la caféine va connaître un sevrage difficile. Je suis déjà frustrée, ça ne fait même pas vingt-quatre heures que je suis arrivée. Si la boisson chaude passe dans mon estomac sans difficultés, je suis en revanche incapable de manger quoi que ce soit. La caporal attend la fin du petit déjeuner pour reprendre la parole.
– Vous allez être libres les prochains jours, informe-t-il, entre les rapports que je dois faire, les négociations pour rencontrer Jaeger et le fait que je dois contrôler les capacités de Laiah ainsi que son intégration, je vais être très occupé.
Les militaires hochent la tête. Livaï se lève et me fait signe de le suivre. Petra me sourit et me fait un signe d'encouragement de la main. Elle semble plus optimiste que moi concernant ce qui m'attend. Pourquoi est-ce qu'elle est tant haïe dans les fanfictions, toujours méchante, morte, ou la rivale amoureuse et jalouse. Souvent, pour une protagoniste qui a mon âge et pour un mec, certes très cool, mais qui a le double de leur âge. Elle est adorable pourtant. Juré, si je retourne chez moi un jour, je fonde un comité contre les violences des Petra de fic. Le CCLVDP. Ouais, ça en jette. Je marche derrière le haut gradé en débattant avec mes pensées. Nous prenons des escaliers et descendons pendant de longues minutes, il sort ensuite une clé et ouvre une grande porte. Nous entrons dans ce qui semble être un gigantesque gymnase. Beaucoup de matériel plus ou moins conséquent repose sur le sol ou des étagères fixées au mur.
– Cette salle d'entraînement n'est plus utilisée depuis longtemps, m'explique alors le caporal, c'est l'endroit idéal pour t'entraîner dans la discrétion. Avant tout, je dois pouvoir situer ton potentiel physique. Je veux connaître ton endurance et tes limites, donc tu vas commencer par courir. Arrête-toi quand tu ne tiens plus, ou alors quand je te le dis.
– D'accord.
Je me débrouillais bien en course au lycée, mais je crois que « bon niveau en terminale » ça vaut un « stade merdique proche du néant dans le domaine militaire ». Je commence à courir sur le terrain. Je sens le regard de Livaï me suivre. Je préfère quand il me file de l'alcool, au moins là c'est un secteur que je maîtrise. Je laisse mes pensées défiler tout en stabilisant ma vitesse. C'est toujours ainsi que je procède quand je fais une activité physique. Ma mémoire visuelle me fait partir ailleurs, dans un univers psychologique qui n'existe que pour moi, et la réalité s'efface. Je n'entends plus, je ne vois plus. Mon corps lance alors une sorte de mode automatique pour me diriger, mais je ne contrôle plus rien. C'est ainsi que je repousse mes capacités, car les conséquences et la souffrance de l'effort disparaissent complètement. D'habitude, quand mon corps atteint ses limites, la douleur parvient à franchir cette transe pour me signaler d'arrêter. Mais actuellement je ne ressens rien. Étrange. Peut-être est ce que je viens tout juste de commencer et que cette longue durée n'est qu'une impression. Je quitte mon état secondaire pour replonger dans la réalité. Je check mon état physique. Je suis essoufflée mais pas exténuée. Mes foulées sont longues et régulières, je me sens bien. J'adore le sport, surtout courir, alors mes constatations me rendent heureuse. Ce corps modifié est un bonheur. Si je retourne chez moi un jour, je veux le garder. Mon regard croise celui de Livaï, il me fait signe de me stopper. Je reprends lentement mon souffle pendant qu'il marche vers moi.
– J'ai couru pendant combien de temps ? je demande.
– Une heure et trente minutes, et je pense que tu aurais encore pu continuer, mais j'ai vérifié ce que je voulais. Par contre, tu avais l'air absente.
– C'est normal.
Il hausse un sourcil. Je lui explique brièvement comment fonctionne mon cerveau neuroatypique. Il m'entraîne ensuite vers une grande machine avec des piliers et des câbles. Je sais parfaitement à quoi j'ai affaire.
– On va être rapidement fixés sur ta capacité à maîtriser l'équipement tridimensionnel, lance le caporal en me plaçant au centre.
Il accroche les câbles à ma taille pendant que je pense aux premiers épisodes de l'animé, plus particulièrement à toutes ces personnes qui, incapables de réussir l'exercice, ont été recalées.
/Point de vue Livaï/
Je pose un genou au sol pour fixer les câbles sur la ceinture de Laiah. Personne ne parle et le silence n'est interrompu que par le cliquetis des boucles métalliques que j'installe. Une voix hésitante tranche l'air.
– Livaï ?
Je lève les yeux vers l'adolescente, dont le regard semble perdu dans le vague. Elle avait déjà la peau assez pâle, là, elle presque aussi blanche qu'un cadavre. Putain, si elle me dit qu'elle a le vertige, je la tue.
– Quoi ?
Ses iris descendent pour plonger dans les miens. La peur qui y brille me fait froncer les sourcils.
– Comment on va faire si je ne suis pas capable de tenir en équilibre ? demande-t-elle dans un souffle.
C'est donc ça. Elle pense que sa possible incompétence va mettre en péril sa couverture, et nos projets la concernant. Ou bien a-t-elle peur pour sa survie ? Non, même face au titan qui l'avait attrapée, elle n'avait pas une telle crainte sur la gueule.
– Tu réussiras, je réponds tout en terminant de l'attacher.
– Mais...
– Je ne te laisse pas le choix, tu réussis, c'est tout.
Elle hoche la tête. Je me redresse et m'approche de la manivelle. J'active la machine. Les câbles se tendent, Laiah aussi. Je la vois fermer les yeux et respirer doucement. Ses pieds se soulèvent lentement et en quelques secondes, elle se retrouve suspendue en l'air. Elle vacille, mais tient.
– Comment tu te sens ? je demande.
– Plutôt à l'aise, dit-elle d'un ton étonné.
– Tu as l'impression que tu vas tomber ?
– Non, c'est juste un peu instable.
– Bah voilà, ça valait bien le coup de flipper.
Elle sourit d'un air gêné devant mon sarcasme avant de laisser les câbles la faire basculer d'avant en arrière. Elle déconne là, il y a deux minutes elle angoissait et maintenant elle joue avec ce bordel en maîtrisant ses mouvements ? Je la regarde attentivement. Effectivement, elle semble soudainement pratiquer la tridimensionnalité avec naturel et spontanéité. Son attitude me rappelle beaucoup Isabel actuellement. Putain, je ne devrais pas penser à ça. Ces souvenirs ne doivent pas m'impacter. Plus aujourd'hui. Et pourtant, je n'arrive pas à me contrôler. Est-ce parce qu'hier, cette gamine m'a rejeté mon passé dans la gueule ? Je décide de fuir mes pensées en posant une question.
– T'as jamais fait ce genre de trucs dans ton monde ?
Elle réfléchit un instant.
– Je ne crois pas qu'il existe des choses semblables, il y a quelques points communs avec le trampoline en hauteur, l’accrobranche ou l'escalade, mais le ressenti de ces sports est trop différent de celui là. J'ai peut-être juste un bon équilibre.
– Bon, je te descends.
Une fois au sol, je retire les sangles. Maintenant, voyons ce que donnent les techniques de combat.
/Point de vue Laiah/
Livaï sort un mouchoir de sa poche et l'appuie contre mon nez pour bloquer le saignement. J'ai super mal putain. Après la tridimensionnalité, il a voulu voir mes compétences au corps à corps. J'ai pas osé lui dire que je ne m'étais jamais vraiment battue de ma vie, alors j'ai juste fait ce qu'il me demandait. Au début, tout se passait bien, il me montrait quelques mouvements, mon corps semblait agir par mécanisme car j'esquivais et attaquais correctement, même si je n'étais pas maîtresse de ce que je faisais. Le caporal a du le remarquer, car il est devenu soudainement plus rapide et plus offensif. Je pense qu'il voulait me retrancher dans mes limites pour que je sois contrainte de contrôler mes gestes. Sauf que ce qui devait arriver est arrivé. A force de jouer avec l'homme le plus fort de l'humanité, je me suis mangé son talon dans la face. Il s'est arrêté directement après m'avoir vu basculer en arrière. Il s'est penché vers moi, je suis parvenue à me redresser et c'est là que mon nez a décidé de me faire perdre quelques centilitres de sang. Je suis censée en avoir besoin quand même.
– Est-ce que ça va ? demande le brun en me regardant avec insistance, ce qui a le don de me mettre extrêmement mal à l'aise, d'autant plus qu'il est très près de moi vu qu'il répare sa connerie avec mon pif.
– Ouais, je réponds simplement en grimaçant de douleur. J'en verrais d'autres.
Après quelques minutes, il retire le tissu pour regarder.
– Ce n'est pas cassé et tu ne saignes plus, me dit-il.
Formidable. Si tu pouvais ne pas me tuer pendant l'entraînement, je t'en serais reconnaissante. Je pense alors à ce que la voix cheloue m'a dit pendant que je changeais de monde.
« Ton corps doit s'adapter à la survie »
C'était pour les titans ou Livaï du coup ? Parce qu'à ce rythme là, c'est lui que je vais craindre le plus. Le caporal me regarde toujours, je plonge alors dans son regard gris acier. Il y a des reflets bleus par moments. Si on m'avait dit que je rencontrerai un jour ce type, je n'y aurais pas cru. Je me sens sondée de l'intérieur, c'est perturbant. Je finis par détourner les yeux pendant qu'il s'écarte un peu. Il me tend la main et je la saisis, me relevant avec sa force.
– Bon, ça ira pour aujourd'hui, on reprendra demain matin. Tu as faim ?
Je hoche la tête. J'ai juste avalé un thé depuis le début de la journée et tu m'as fait douiller pendant des heures, évidemment que j'ai la dalle.
/Point de vue Livaï/
Je réfléchis de nouveau au bordel que représente cette histoire en regardant la ville depuis le balcon. Dans mon dos, j'entends Laiah sortir de la salle de bain. Comme hier, elle me rejoint et s'accoude à la rambarde. Je fixe devant moi, me demandant si je peux vraiment me fier à elle. Mon intuition me souffle que oui, mais ce n'est pas suffisant pour convaincre ma raison. Je dois vérifier, parler, déceler la vérité.
– Réponds-moi sincèrement Laiah, dis-je d'une voix plus froide que je l'aurais voulue.
– Je réponds toujours sincèrement, me rétorque-t-elle en tournant le regard vers moi.
Dans ses iris brillent la curiosité, ainsi qu'un soupçon de méfiance que je crois pouvoir lier à mon ton sec et distant.
– Il y a intérêt.
Je m'arrête un instant, vrillant à mon tour mes yeux dans les siens.
– Politiquement parlant, il semble y avoir beaucoup de fractures au sein des murs. Au moindre problème, il risque d'y avoir des camps, des tensions. De par ton savoir, tu sais probablement déjà où seront placés chacun d'entre nous. Mais moi, j'ai aucune idée de ce que tu comptes faire si ça arrive. D'autant plus que plusieurs personnes, notamment celles que tu apprécies dans la fiction de ton monde, peuvent très bien avoir ton soutien. Ma question est simple, si l'humanité se retrouve scindée, de quel côté seras-tu ?
Elle me fixe en silence, pourtant elle ne semble pas réfléchir. Au bout d'un moment, pendant lequel je ne l'ai pas lâchée du regard, elle détourne de nouveau son attention vers la ville. Sa réponse me parvient alors dans un souffle calme et assuré.
– Du tien, car on partage les mêmes valeurs morales, et c’est ce qui compte le plus pour moi.
Chapitre 5 : Eren
/Point de vue Laiah/
Cela fait six jours que je suis ici. Six jours que chaque nouvelle journée me fait redéfinir le terme de souffrance. Six jours que je découvre sur mon corps des fonctions dont je n'avais pas connaissance. J'installe l'équipement tridimensionnel en essayant de ne pas stresser, ce qui se révèle un échec complet. Au réveil, Livaï m'a annoncé que j'allais m'entraîner ce matin avec les autres dans la forêt, il veut que je teste mes capacités sur les mannequins de titans. C'est la première fois que je serai avec d'autres militaires, j'ai peur de me foirer. Et ce cher caporal, toujours aussi sympa, a cru bon de mentionner le fait que si j'échouais à l'exercice, c'était foutu pour ma couverture. Couverture qui je le rappelle, consiste à être une soldate d'exception intégrée dans l'élite. J'ai à peine la pression. Je respire profondément en marchant près de la lisière des bois. Plusieurs hauts gradés sont présents. Livaï naturellement, mais aussi Erwin, Hanji, Mike et une chef d'escouade que je ne connais pas. Foutus personnages de décor. Les trois premiers ont le regard fixé sur moi, ce qui n'arrange en rien ma panique actuelle. Sérieux, si je survis à cette épreuve, je me donne une médaille. Pendant qu'un groupe part dans les arbres à la recherche des cibles, je me concentre pour me remémorer tout ce que j'ai appris en si peu de temps. Mes mains saisissent les poignées de mon armement, je contiens mes tremblements et souffle un bon coup. La dernière équipe démarre à son tour. Je n'ai plus que quelques secondes. Mes doigts glissent sur la gâchette, je fléchis les jambes. C'est parti. Je m'élance et cesse de réfléchir, confiant les commandes à mon instinct.
/Point de vue Livaï/
Pendant que Laiah se prépare pour le test, je plonge dans mes pensées, ruminant la parcelle de doute qui les occupe. Je ne regrette pas ma décision de la faire s'exercer devant les autres, mais je ne peux m'empêcher de me questionner sur mon choix. Il faut croire qu'éternellement, je remettrais en cause ce que je fais. C'est épuisant à la longue. Erwin est curieux, je peux voir ses iris briller tandis qu'il fixe l'adolescente. Hanji, elle, est euphorique, comme d'habitude. Elle aussi a le regard posé sur la brune. Seuls Mike et Aby semblent concentrés sur autre chose, à savoir les mouvements des militaires traversant les épais feuillages. Nous sommes censés partir derrière les derniers soldats quittant le point de départ, c'est pourquoi j'ai dit à Laiah d'y aller à la fin. Erwin veut voir les résultats de l'entraînement intensif que j'ai donné à notre nouvelle recrue. Je l'ai fait travailler dans des conditions épouvantables ces derniers jours, mais est-ce que cela aura été suffisant pour la mettre à niveau ? Il faut impérativement qu'elle soit à la hauteur de nos attentes. Je la fixe à mon tour, elle fait beaucoup d'efforts pour masquer son stress, mais celui-ci reste visible. Elle marche sur place, se balance sur ses pieds, ses doigts tremblent, son souffle est irrégulier et elle ne cesse de jeter des coups d’œil furtifs dans notre direction. Bordel, calme-toi Laiah. Elle se propulse alors dans les airs, les autres hauts gradés et moi faisons de même. Mon regard accroche la silhouette de la brune. Je me déplace avec vivacité sur le côté pour la dépasser, et me retourne vers elle. L'adolescente a complètement changé d'attitude. Elle s'est laissée emporter par sa concentration, plus rien de semble pouvoir la perturber, comme lorsqu'elle courait. Elle se balance dans l'espace avec aisance, de la même façon qu'elle le faisait pendant l'entraînement. Un mannequin géant apparaît brusquement face à elle. D'un geste rapide, elle sort ses lames et s'élance en hauteur, tourbillonnant avant de trancher la partie sensible avec force. Le morceau découpé tombe au sol tandis que la jeune fille continue sa route. Je jette un regard quelque peu fier à Erwin qui me suit de près. Ses lèvres sont légèrement étirées et ses yeux bleus sont rivés sur l'ombre de Laiah. Deux autres titans factices passent sous les offensives de la gamine avant que l'exercice ne se termine. Une fois de nouveau sur la terre ferme, je m'approche d'elle, tout comme mon ami. Elle nous adresse un sourire éclatant. Dans ses iris brille le soulagement. Je soupire d'exaspération pour la forme, mais en réalité, je suis satisfait. De nouveau, Isabel me revient à l'esprit à travers elle. Merde. Je reporte mon attention sur Erwin, qui félicite la jeune fille. Il lui annonce que nous allons rencontrer Eren d'ici quelques heures, elle hoche la tête. De mon côté, je me déconcentre une nouvelle fois de la conversation, occupé à chasser mes dernières hésitations, je ne peux que me sentir soulagé de ses progrès. Elle a réussi le test avec brio, peu importe le reste.
/Point de vue Laiah/
Nous avançons dans les couloirs sombres qui mènent aux cellules, encadrés de soldats des brigades spéciales. Le malaise est à son paroxysme car personne ne sait ce que je fous là. Enfin pas exactement. Je sais très bien que je dois rester constamment avec Livaï, et celui-ci étant avec Erwin, qui est à l'origine de cette décision, ça devient logique pour nous trois. Mais tous les militaires que nous avons croisés depuis notre arrivée dans le bâtiment, eux, ne comprennent pas. Le major s'est contenté d'un « ne vous en faites pas, elle n'est pas une proche de Jaeger, simplement une soldate de confiance » et les membres des brigades spéciales ont paru se satisfaire de la réponse, ce qui ne les a pas empêchés de me jeter des regards inquisiteurs. Nous entrons dans une pièce composée de deux prisons séparées d'un mur. Histoire de ne pas chambouler plus l'intrigue, je décide de me plaquer contre la façade de pierre, à côté du garde chargé de surveiller le prisonnier, pour être hors du champ de vision d'Eren, bien qu'il soit encore inconscient. En face des barreaux, Erwin s'assoit sur une chaise et Livaï s'adosse à la paroi, juste derrière le blond. Le silence s'installe dans une ambiance lourde, bien que perturbé par le frétillement des flammes dansant sur les torches. J'essaie de me souvenir de la discussion qui a eu lieu dans la fiction, quelques phrases me reviennent assez facilement. Je crois que je passe trop de temps sur L'attaque des titans. Quelle ironie de me faire cette réflexion quand je suis justement dans leur monde. Du coin de l’œil, je peux voir Livaï me fixer, il semble s'emmerder sévère. C'est pourtant pas une excuse valable pour me dévisager ainsi bordel. Je décide de plonger dans mon esprit pour fuir ce regard insistant. Perdue dans mes pensées, j'ai loupé le réveil d'Eren, je me concentre alors pour suivre la conversation.
– Nous venons d'obtenir l'autorisation de t'approcher, annonce Erwin.
/Point de vue Livaï/
Enfin, nous voilà donc devant ce gamin capable de se transformer en titan. Avec les révélations de Laiah, je connais déjà en grande partie sa vie, et je sais pertinemment qu'il est innocent de toute trahison. Je jette un bref regard aux soldats des brigades spéciales. Je dois faire comme si je ne savais rien. Mon objectif est de ne pas attirer les soupçons. Ni sur le morveux, ni sur le bataillon. Et encore moins sur Laiah. Elle semble d'ailleurs avoir eu la même idée car elle reste très discrète. Je tourne les yeux vers elle. Encore perdue dans ses pensées hein. Quelle habitude sérieux. Reste donc sur terre de temps en temps, ça vaudrait mieux pour ta survie. Ses iris brillent alors et je la vois se tendre. Elle a remarqué que je la fixais, et ça semble la mettre mal à l'aise. Le gamin s'éveille et se redresse dans ma vision périphérique tandis que je poursuis mes observations. Erwin commence à parler. Heureusement, je commençais vraiment à me faire chier. Je pose alors mon attention sur Eren, tentant de sonder ses expressions. Pour l'heure, il a juste l'air perdu. Mon ami aborde le sujet du mystère des titans, je réprime mon envie de regarder Laiah. Connaît-elle les réponses à nos questions ? Sait-elle ce que la cave du docteur Jaeger cache ?
– Tu es amnésique et ton père a disparu. Ben voyons, c'est bien pratique, je lance alors avec sarcasme.
/Point de vue Laiah/
Je me place silencieusement à la droite de Livaï. La salle est bondée de monde. Quelques rangs plus loin, j'aperçois Mikasa et Armin. La porte de la gigantesque pièce s'ouvre et Eren, encadré de deux soldats, entre sous les multiples regards curieux. Dès que le jeune homme est attaché au centre, un nouvel arrivant fait son entrée. Je reconnais immédiatement Daris Zackley. Le dirigeant des trois corps d'armée s'installe et entame l'introduction du procès.
– Bien. Quelle est la proposition des brigades spéciales ? conclut-il.
« - On le bute !
- On le bute pas ! (Siouplait) »
Putain non, Laiah, c'est pas le moment de penser à la vidéo « L'attaque des titans en 9 minutes » de Re:Take. Je me mords l'intérieur des joues pour ne pas rire. Je tente de contenir mes réactions mais malgré mes efforts, je suis parcourue de légers soubresauts. A mes côtés, le caporal semble remarquer que je m'agite car je vois son regard glisser sur moi. Je me tends soudainement, consciente qu'il me sonde. Je finis même par arrêter de respirer, empêchant mes lèvres de s'étirer en un sourire qui paraîtrait indécent. Livaï détourne de nouveau son attention devant lui et je reprends mon souffle. Le procès se poursuit un peu plus sérieusement. J'ai eu chaud, c'est pourtant pas le moment de me faire remarquer merde. Je sens un mouvement dans mon dos et me retourne. Mon voisin a quitté sa place pour sortir du rang. Ah oui, c'est vrai, c'est l'heure de cette fameuse scène. Eren gueule sans s'apercevoir de ce qu'il va se manger dans les dents. Je vois le caporal s'avancer avec fluidité jusqu'à lui et lui envoyer son pied dans la tronche. Ouch, je compatis mon gars, mon nez aussi se souvient de la douleur. Tout mon corps d’ailleurs, les premiers jours m’ont provoqué des courbatures atroces. Livaï commence à frapper Eren dans le silence abasourdi de l'assemblée, uniquement rompu par les gémissement de douleur de l'adolescent.
« - Ah ! Oh ouais !
- Stop.
- Encore !
- Stop !
- Oh bébé, ouais encore !
- Arrête ça !
- Oh je kiffe ah...
- Stop ! Capitaine, Eren aime ça.
- Oh putain ouais...
- Eren ! Arrête d'aimer ça ! »
J'étouffe un fou rire, manquant de peu de couiner. Encore une fois je l'ai échappée belle. Saloperie de vidéo. Je remercie la vie que Mikasa soit occupée à fixer d'un regard noir celui qui frappe son protégé parce que si elle me voyait, elle pourrait croire que je rigole devant son frère qui se fait fracasser. Fort heureusement, toute la salle semble suffisamment intéressée par le spectacle de violence car personne ne me voit manquer l'arrêt cardiaque tant je m'empêche de rire. Je retrouve mon calme un peu avant la fin du procès, lorsque le juge annonce la sentence. Eren est emmené hors de la salle par Hanji tandis qu'Erwin, Mike, Livaï et moi les suivons.
– Je doute que tu puisses encore te cacher d'Eren, murmure le caporal à mon attention.
– Je sais, je soupire du même ton.
Nous entrons dans un bureau et le jeune homme s'assoit sur le canapé pendant que la scientifique sort de quoi le soigner. Le major reste debout dans la pièce, le chef d'escouade est posté près de la fenêtre et le brun est une nouvelle fois adossé au mur. Moi je suis simplement appuyée contre la porte. La discussion démarre sans que j'y prête vraiment attention, ma seule réaction est un sourire discret lorsque mon gardien se laisse tomber avec nonchalance aux côtés d'Eren qui sursaute, craintif. Le reste de la journée se passe calmement, sans que je ne fasse autre chose que servir d'ombre à Livaï. Je ne suis même pas sûre qu'Eren m'ait vraiment remarquée. Tant mieux à vrai dire, je préfère nettement rester en retrait. Demain, nous partirons vers l'ancien QG du bataillon avec l'escouade d'élite. C'est un vieux château perdu au milieu d'une forêt, loin des murs, et donc par conséquent propice à l'utilisation du pouvoir titanesque de la nouvelle recrue des explorateurs. En attendant le départ, je passe ma soirée dans le bureau de Livaï à feuilleter un livre contre la fenêtre – devenue une excellente amie – pendant que le propriétaire des quartiers est dans l'autre pièce. La nuit est déjà pleinement entamée lorsque j'entends le bruit de la douche qui s'active. Après quelques minutes, je soupire, lasse de ma lecture et me lève pour ranger l'ouvrage. Je rentre alors dans la chambre au moment où le caporal sort de la salle de bain, vêtu d'une simple serviette nouée autour de sa taille. Oh le cliché. Genre vraiment, LA scène présente dans chaque fanfiction dans laquelle l'OC féminin – parfois l'autrice en plein self insert - se retrouve à ma place. Ceci dit, pour une raison que j'ignore, la réaction de la fille est toujours la même : une gêne intense, du rouge au joues, des bégaiements et un souvenir qui marque à jamais les mémoires de tous les personnages. Elles n'ont donc jamais vu un torse ? Bref, de mon côté, ni lui ni moi ne semblons plus gênés que ça.
– Excuse, je pensais pas déranger, je dis simplement.
– Passe-moi les fringues sur la chaise derrière toi s'il te plaît, répond-t-il avec nonchalance.
Je saisis l'ensemble de tissus et lui tends, puis il retourne dans la pièce d'où il venait pendant que je me laisse tomber sur le lit dans une posture très distinguée d'étoile de mer. Livaï ressort et me fixe un instant alors que moi, je concentre mon regard sur le plafond. Un très beau plafond par ailleurs. Le caporal s'assoit sur sa chaise et pose sa tête contre le mur derrière, fermant les yeux. Je me redresse sur les coudes et pose la question qui me brûle les lèvres depuis mon arrivée.
– Tu dors jamais dans un lit ?
J'y peux rien, ça m'intrigue. L'auteur de SNK avait dit qu'il dormait peu, sur une chaise et habillé. Mais dans sa chambre, il y a un plumard donc bon. Le haut gradé répond sans prendre la peine de relever les paupières.
– Si, ça arrive, mais puisque tu es là, je m'arrange.
Je prends un instant pour réfléchir à sa phrase.
– Je veux pas m'imposer, c'est ta chambre..
Il ouvre les yeux pour les plonger dans les miens, cherchant encore une fois à sonder mon esprit. Je hausse les épaules avec désinvolte.
– Ça ne me gêne pas.
Livaï hausse un sourcil sans répondre mais se lève pour venir s'allonger sur le lit. Ce dernier est tellement grand que même à deux dessus, il y a encore un bon mètre qui nous sépare. Je fixe de nouveau le plafond et le caporal éteint la lumière. Le silence se fait dans la pièce, mais nous savons tous les deux que nous ne dormons pas. On dirait le début d'une blague nulle : c'est deux insomniaques dans un lit...
/Point de vue Livaï/
Laiah me tire de mes pensées avec sa question. Après un échange très bref, j'ouvre les yeux pour la regarder. Cette fois, pas d'innocence dans ses iris, juste une curiosité sérieuse et la contrariété perceptible d'être un élément perturbateur de mon quotidien. Ce n'est pourtant pas important. On dirait une enfant qui s'apprête à bouder. Comme Isabel le faisait parfois. Bordel, pourquoi est ce que je les compare sans cesse. C'est la mission de protéger cette adolescente d'un autre monde qui me fusille le cerveau ? Ou bien est ce le parallèle entre ce devoir et celui que je m'étais jadis donné envers mes deux amis ? Non, je ne peux pas penser à ça. Avec elle, je n'échouerai pas, elle survivra. Qu'est-ce qu'il m'arrive, cela fait longtemps que le doute ne m'avait pas ainsi rongé. Peut-être qu'entendre mon histoire de la bouche d'une étrangère m'a impacté plus que je ne veux le croire. Fait chier.
– Ça ne me gêne pas. dit-elle.
Je hausse un sourcil, surpris par une sincérité aussi directe. Je me lève et m'allonge sur l'autre côté du lit avant d'éteindre la lumière. Dans la pénombre, je ressasse mes pensées en boucle. Incapable de trouver le sommeil, comme d'habitude. Je sais que Laiah est également éveillée. Fixe-t-elle toujours le plafond ? Un murmure s'échappe de ma gorge sans que je ne l'ai prémédité.
– Tu me rappelles Isabel parfois.
Je perçois un léger mouvement. Elle vient de tourner la tête vers moi.
– Souvent en fait, je reprends. Je ne sais pas pourquoi.
Elle ne dit rien. J'ai conscience que je pourrais lui dire n'importe quoi puisqu'elle sait déjà tout de moi. Ce qui est extrêmement frustrant d'un côté, mais assez rassurant d'un autre point de vue. Avec elle, pas besoin de m'expliquer ou de me justifier.
– Je ne sais pas si je lui ressemble, finit-elle par murmurer doucement, mais j'imagine que je peux prendre ça comme un compliment. Tu sais, je pensais pas que tu te comporterais comme ça avec moi, mais je ne suis pas surprise pour autant.
– Comment ça ?
Elle soupire.
– Je pensais que tu te méfierais plus de moi, que tu serais bien plus distant. C'est comme ça que ton personnage agit dans la fiction, même s'il se révèle au final préoccupé par les autres, plutôt attentionné et relativement protecteur. Je dirais presque paternel envers les plus jeunes soldats, ou les enfants en général, même si tu en côtoies peu. Mais moi je suis une étrangère, une totale inconnue, pourtant, j'ai l'impression que tu m'as prise sous ton aile comme tu vas le faire avec Eren, ça me perturbe un peu. Je sais que j'ai de l'importance pour le bataillon, mais rien ne t'oblige à faire plus que le minimum.
Je ne pensais pas qu'elle voyait son intégration aussi péjorativement. Elle semblait s'adapter très facilement. Pas une fois elle n'a parlé de retourner chez elle ou des gens qui lui manquent. Je découvre là une autre facette de cette intrigante gamine. Elle intériorise beaucoup.
– Si j'en crois mon intuition et ton attitude, t'es une personne bien Laiah. Et tu es encore tellement jeune pour vivre tout ça, c'est normal que je fasse plus comme tu dis. Avec le poids que tu as sur les épaules, il faut bien que je me donne au maximum, comme tu le fais toi même. La preuve, en à peine six jours, tes progrès ont été remarquables, tu es devenue très forte en peu de temps.
– Je n'ai aucun mérite, assène-t-elle d'un ton amer. Ce sont les modifications physiques que j'ai eues pendant mon transfert qui me donnent de telles capacités.
– Je ne suis pas d'accord, je réponds, ces capacités étaient là, mais si tu ne les avais pas travaillées, elles n'auraient rien donné. C'est parce que tu t'es exercée que tu es forte, pas seulement parce que ton corps a été modifié.
Elle ne dit rien, réfléchissant à mes propos. J'ai peut-être parlé un peu sèchement, mais ce qu'elle dit m'agace.
– Tu crois ? souffle-t-elle alors. Petite place au talent, grande importance au travail. C'est comme le dessin en fait.
Comme le dessin ? Quoi ?
/Point de vue Laiah/
Un aspirateur. Voilà la chose que je désire actuellement plus que tout au monde. Ce n'est pas que je n'aime pas les balais, mais celui que j'ai entre les mains est très peu coopératif niveau efficacité. Du moins quand on le compare à cette merveille technologique dont je rêve secrètement. Je jette un œil par dessus mon épaule et vois Livaï nettoyer le rebord de la fenêtre, un foulard sur le visage et un autre noué dans ses cheveux. Eren entre à son tour dans la pièce, il ne fait pas plus attention à moi que pendant son procès ou le voyage de la ville au château. Je continue tranquillement mon balayage tandis qu'il parle avec le caporal. Ce dernier finit par ordonner au jeune homme de nettoyer la salle le temps qu'il aille vérifier le travail fait à l'étage. En sortant, il me fait signe de le suivre. Pourquoi veut-il que je l'accompagne ? Ah ouais merde, j'ai pas le droit de le perdre de vue, ordre d'Erwin. Je talonne donc le caporal. Plus ça va, plus j'ai le sentiment d'être son chien de compagnie. Ou son ombre. L'une de ces propositions est plus humiliante que l’autre.
/Point de vue Livaï/
Je porte le gobelet à mes lèvres pour avaler une gorgée de thé brûlant tandis que je repense à l'échec de l'expérience. Mon regard se dirige automatiquement sur Laiah, assise dans l'herbe à quelques mètres du groupe, le menton posé sur ses genoux repliés et les iris perdus dans le vague. Elle n'a pas paru surprise qu'Eren ne puisse pas se transformer. J'imagine que c'était prévu, que ce n'est pas grave. Sinon elle me l'aurait dit. J'espère. Petra s'approche de moi, elle commence à me parler, j'écoute, attentif, lorsqu'une explosion retentit dans mon dos. Je me retourne et vois le morveux surplombant un bras gigantesque, fumant et sans peau. Je jette un rapide coup d’œil à l'adolescente, qui s'est relevée. Elle fixe Eren simplement, pas une once d'étonnement ou de crainte sur le visage. Je suppose que je n'ai donc pas à m'inquiéter. De plus, il semble lui même surpris et paniqué, ça ne devait pas être volontaire. Je m'avance, me plaçant entre lui et les membres de mon escouade, qui l'ont encerclé, lames sorties et regards hostiles.
– Du calme, je lance posément.
Je sens du mouvement dans mon dos et regarde brièvement. Je n'avais pas vu Laiah me suivre, pourtant, elle est juste derrière moi, près du gamin. Ce dernier semble alarmé, je peux l'entendre à sa respiration saccadée.
– Caporal Chef Livaï, c'est... commence Eren d'une voix affolée.
Il s'arrête. Je ne me tourne pas pour le regarder et maintiens mon regard sur mon escouade. Ils n'ont rien modifié à leur attitude offensive.
– Je vous ai dit de vous calmer, les gars.
Aucun d'eux ne m'écoute, ils se laissent entraîner par leur panique et la mission qui leur a été confiée. Ils crient sur l'adolescent, ce qui n'arrange en rien la situation. Les menaces et autres propos s'enchaînent pendant qu'ils ignorent chacune de mes directives, ce qui m'agace intérieurement. Je commence à hausser la voix, Petra me demande de reculer.
– Non c'est plutôt à vous de vous éloigner, je rétorque durement.
– Pourquoi ?! hurle la soldate.
– Je me fie à mon intuition.
Personne ne semble prêter attention à Laiah, la tension monte bien trop vite et la gamine est toujours derrière moi. Je sens qu'Eren panique de plus en plus sous les cris des militaires. Je tourne enfin le regard et me fige. Elle vient de grimper sur le membre de titan et s'approche doucement du jeune homme. Sous ses bottes, la semelle chauffe. Que fait-elle bordel ? Au loin, j'entends Hanji courir en hurlant d'enthousiasme. Laiah pose une main sur l'épaule du soldat et lui murmure quelques mots à l'oreille. Les autres sont trop loin pour l'entendre, ce qui n'est pas mon cas.
– Calme-toi Eren, souffle-t-elle, tout va bien. Retire simplement ton bras.
Il hoche la tête et s'exécute, tombant à la renverse. La brune le rattrape et le pose doucement au sol. Je suis intrigué, lui aussi. Il semble épuisé mais fixe l'adolescente avec incompréhension. Je m'approche de lui tandis qu'il reprend son souffle.
– Caporal Chef, murmure-t-il.
– Comment te sens-tu ? je demande.
/Point de vue Laiah/
Eren est assis sur son lit, dans les cachots du château. Après l'accident, il a eu besoin de se reposer. Livaï et moi sommes descendus avec lui. Assis sur des chaises contre le mur, nous l'écoutons.
– Avant qu'ils se montrent hostiles, je ne m'étais pas aperçu du peu de confiance qu'ils avaient en moi, dit-il avec une certaine tristesse.
– C'est normal, répond le caporal avec désinvolte. C'est pour ça que je les ai sélectionnés.
Il continue de parler mais je ne l'écoute plus, occupée à fixer le jeune homme. Il semble complètement désemparé ce gamin. Ouais je dis gamin alors que j'ai juste un peu plus de deux ans de plus que lui. Audacieux. Un soldat vient nous dire qu'Hanji nous attend à l'étage. Pendant que nous marchons, Eren s'approche de moi.
– Laiah, c'est ça ? demande-t-il.
Je hoche la tête.
– Pourquoi est-ce que tu m'as aidé au lieu de faire comme les autres ?
Livaï tourne la tête vers moi, attentif à la réponse que je vais donner. Enfin, j'ai plus l'impression qu'il me dit de faire très attention à mes paroles.
– L'intuition, je dis finalement en souriant. T'es un chouette type Eren, j'en suis persuadée.
Chapitre 6 : Première expédition
/Point de vue Livaï/
Je dirige mon cheval vers l'écurie lorsque j'entends des voix.
– Ce gnome s'est un peu trop lâché, affirme l'une d'elles d'un ton froid. Un jour, je lui ferai payer cher.
– Attends, tu parles du caporal chef Livaï ? demande une autre que j'identifie comme celle d'Eren.
J'avance et aperçois les quelques recrues de la cent quatrième brigade regroupées à quelques pas du bâtiment. Je jette un œil sur ma droite et vois Laiah me fixant, un sourire amusé aux lèvres. Elle a entendu elle aussi. Je retiens un soupir et fait entrer ma monture dans sa stalle pendant que l'adolescente m'attend à l'entrée de l'étable. Après quelques minutes, Eren semble l'apercevoir puisqu'il l'appelle. Elle se tourne vers moi, le regard interrogatif et je lui fais signe d'y aller. Elle n'est pas loin tant qu'elle reste dans la cour, et je dois encore brosser le pelage ébène de l'animal.
/Point de vue Laiah/
Je me demande ce qu'Eren me veut. Je m'avance vers le groupe. La cent quatrième brigade hein ? Je les connais déjà, tous, mais faisons semblant. Lorsque je m'arrête devant eux, ils me dévisagent un par un.
– Je vous présente Laiah, dit tranquillement mon camarade. Elle est membre de l'escouade Livaï, on a pas encore eu beaucoup d'occasions de parler, mais elle m'a déjà aidé lorsque j'en ai eu besoin.
Ok c'est encore plus gênant que je le pensais. Mikasa me lorgne d'un regard intense, cherchant à savoir si je suis digne de confiance ou non. Ely, tu aimerais vraiment être à ma place actuellement, cette fille est sublime.
– Tu sembles bien plus jeune que les autres soldats de l'élite, fait remarquer Armin, je peux te demander ton âge ?
– Dix-sept ans et demi, je réponds.
– Woah, s'exclame Jean, qu'as-tu de si exceptionnel pour être dans cette escouade à ton âge ?
– Je prédis le futur, dis-je d'un ton léger.
Le garçon rit doucement.
– Très drôle, réagit-il avec un sourire amical.
Si tu savais à quel point. Les jeunes militaires prennent le temps de se présenter, me donnant chacun leur tour leur nom, que je retiens sans aucune difficulté, forcément. Je n'attarde pas trop mon regard sur Reiner et Berthold, pourtant, je sais très bien qui ils sont. Il faudra que je les dénonce avant qu'ils ne fassent quelque chose.
– Et sinon, lance Connie, comment ça se fait que t'aies des cheveux rouges devant ?
Je commençais à me demander si j'allais avoir un jour une remarque. Jusque-là, tout le monde avait l'air de trouver ça ultra naturel. Spoiler, ça ne l'est pas.
– J'aime jouer avec la peinture.
C'est vraiment pas ouf comme argument, mais ça a le mérite de les faire de nouveau rire.
– Laiah.
La voix calme et inexpressive que je reconnais maintenant entre toutes vient de retentir dans mon dos. Je me retourne, et les autres adolescents font de même. Ils écarquillent les yeux en reconnaissant celui qui est réputé comme le soldat le plus fort de l'humanité. Livaï vient en effet de sortir de l'écurie, il m'attend pour partir.
– J'arrive, j'avertis alors le haut gradé. A plus tard Eren, et à la prochaine tout le monde, c'était cool de vous rencontrer, merci.
Je rejoins ensuite le caporal et nous quittons les lieux, je peux cependant entendre Sasha poser une question à mon camarade d'escouade.
– Pourquoi doit-elle partir avec lui et pas toi ?
– Aucune idée, répond Eren, depuis que je suis arrivé, je ne l'ai jamais vue ailleurs qu'avec lui.
Pitié, j'espère que personne ne va découvrir quoi que ce soit à mon sujet. Surtout Armin et son intelligence redoutable. Je glisse mon regard sur le côté et croise celui de Livaï, je suis certaine qu'il pense à la même chose que moi.
/Point de vue Livaï/
Personne ne parle dans le bureau. Hanji, Erwin et moi faisons face à Laiah. Elle vient de nous conter les évènements de la prochaine expédition, ainsi que l'identité du titan féminin qui va décimer une grande partie de nos effectifs, y compris mon escouade. Cette fois, l'adolescente ne semble pas mal à l'aise, elle est debout, bras croisés, le regard dur posé sur le major. Elle se demande ce qu'il va décider. Je tourne les yeux vers mon ami, il est concentré et fronce les sourcils réfléchissant aux solutions qui s'offrent à lui.
– Nous ne pouvons pas arrêter Annie Leonhart, finit-il par dire, elle est sous l'autorité des brigades spéciales et sans motif valable, ni preuve, nous ne pouvons rien faire. Et nous ne pouvons non plus la contraindre à se transformer en ville, les risques de pertes civiles sont trop conséquentes. Nous allons maintenir l'expédition et procéderons dehors à sa capture. Le plan reste donc le même.
– L'aile droite de la formation reste donc condamnée, n'est ce pas ? questionne la brune.
– En effet, je le crains, répond Erwin.
Je porte mon attention vers Laiah, elle baisse le regard. J'essaie de poser une interprétation sur sa réaction, de la culpabilité je dirais ?
– J'ai le sentiment d'être déjà responsable de toutes ces morts futures, souffle-t-elle.
– J'en suis conscient Laiah, reprend mon ami, mais je ne peux faire autrement. Cependant, garde à l'esprit que c'est moi le coupable, pas toi. Tu m'as offert ton savoir, j'ai décidé de laisser faire. Entendu ?
Elle hoche la tête, mais je peux voir sa mâchoire contractée de frustration, elle n'est pas convaincue.
– Nous aurons besoin de toi pendant cette mission, continue Erwin en plongeant ses iris dans ceux de l'adolescente. Tu pourrais nous raconter tous les détails des évènements, tu resteras tout de même la seule à les connaître aussi bien, c'est pourquoi lorsque nous tiendrons Leonhart dans la forêt, ce sera à toi d'empêcher son évasion avec tes connaissances. Livaï sera à tes côtés si besoin.
Elle ne dit rien. Le major s'arrête un instant, puis il enchaîne.
– Je sais bien que je t'en demande beaucoup, et que tu as une lourde responsabilité sur tes épaules. Mais nous avons besoin de toi, tu es la mieux placée pour réussir.
Laiah relève enfin la tête, son regard est à présent neutre, seul l'éclat brillant de ses yeux témoigne de sa volonté, et aussi de sa peur. Elle place son poing droit sur son cœur et replie son bras gauche dans son dos.
– A tes ordres, dit-elle simplement.
/Point de vue Laiah/
Nous stoppons nos chevaux le temps que la porte s'ouvre. Sur les côtés, les habitants du district nous regardent en échangeant des commentaires. Quelques enfants sont émerveillés à la vue de tous ces soldats. Erwin lance enfin le départ et le convoi s'avance hors des murs. L'escouade d'assistance entame son travail, empêchant les titans d'approcher du bataillon. Je talonne ma monture pour me placer aux côtés de Livaï qui ouvre la course, c'est ici qu'il m'a dit d'être pendant toute la mission. Eren est placé au centre, Erd et Gunther l'encadrent à l'arrière tandis qu'Auruo et Petra font de même à l'avant. Mon cœur bat très vite, pourtant, je n'ai pas peur. Pas encore. Je sais très bien que je ne rencontrerai aucun titan jusqu'à ce qu'on atteigne la forêt, sauf si le futur a été changé, mais jusque là, tout se passe exactement comme prévu. Depuis combien de temps est-ce que nous galopons ? L'aile droite doit déjà être exterminée. Tant de morts ont eu lieu pendant cette expédition dans L'attaque des titans, et moi je ne peux rien faire. C'est pathétique bordel, j'ai promis mon aide mais je ne suis d'aucune utilité. Je ne m'inquiète même plus pour ma survie, j'ai la chance d'être à l'endroit le plus sûr de la formation, accompagnée de l'élite et du mec le plus badass qui existe. Je devrais être contente et me réjouir, après tout, je ne suis toujours pas une héroïne, mais malheureusement, j'ai la malchance de posséder une conscience qui me fait culpabiliser. Quelle pauvre fille hein, pas foutue de faire quoi que ce soit. Pourtant on m'a toujours dit que j'étais courageuse. Ah ouais ? Bah tu sais quoi ? J'en ai pas l'impression. Bordel je me détes...
– Laiah !
Je sursaute et tourne la tête vers l'origine de la voix. Livaï me fixe intensément, son regard est calme, comme d'habitude.
– C'est pas le moment, d'accord ? Pour l'instant concentre-toi sur ce qu'il se passe devant, c'est clair ?
– Oui, pardon, je réponds.
Comment fait-il pour deviner constamment ce à quoi je pense ? Un soldat vient nous transmettre l'information sur l'état de l'aile droite. Le caporal envoie Petra avertir les escouades sur la gauche. Je jette un œil sur le côté, trois fumigènes noirs traversent le ciel à cet instant. Tu es là bas, hein Annie. Fait chier, dire que je pourrais être dans mon monde à prendre des notes dans un cours quelconque. La soldate rousse revient vers nous, bien, nous voilà au complet. Nous entrons dans la forêt des arbres géants. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'elle porte bien son nom elle. J'écoute distraitement Eren et Livaï parler tout en admirant la cime gigantesque des végétaux. C'est magnifique quand même, dommage que je ne sois pas là pour faire du tourisme. Bon, c'est le moment où Eren se fusille les neurones à essayer de comprendre ce qu'il se passe, il se demande même si le caporal pige la situation. Nouveau spoiler, c'est le cas. Un tir retentit derrière moi, c'est le signal qu'elle approche. Tout comme le bruit régulier des pas frappant le sol. Mon rythme cardiaque s'emballe pendant que les membres de mon escouade crient des mots que j'ignore. Je me force à garder une attitude neutre. C'est pas le moment de jouer la flippette.
– Sortez vos lames, ordonne Livaï, si jamais cette chose se montre, ce sera instantané.
Je pose mes doigts sur les deux poignées et tire mes deux armes. Le son brutal augmente et soudainement, elle apparaît dans notre dos. Je jette un vague regard en arrière. Te voilà enfin, Annie. Je sens mon souffle se couper, elle est impressionnante.
– Laiah, assène le caporal, reste bien devant.
Je hoche la tête et talonne mon cheval. Allez mon grand, donne tout ce que t'as. Les autres commencent à paniquer. De mon côté, si je reste calme et silencieuse en apparence, je ne suis pas fière pour autant, mon cœur semble n'avoir qu'un projet : sortir de mon corps. Et ça me déplaît grandement comme perspective. Je sais pourtant ce qu'il va se passer, alors pourquoi ai-je si peur ? Petra, elle, n'est pas au courant des évènements de l'expédition, lors de la réunion, elle n'était pas présente. Heureusement, je n'aurais pas été capable de lui dire en face qu'elle est supposée mourir. Je lance un bref regard en arrière vers elle. Je te promets de tout faire pour te sauver, tu mérites de vivre. Les militaires hurlent, ils attendent des ordres, mais rien ne vient, Livaï se contente de fixer devant lui. Il se retourne alors.
– Bouchez-vous les oreilles.
Je lâche les rênes et pose mes mains sur les côtés de ma tête. Il sort alors une bombe sonore qu'il envoie en l'air. Dès que l'effet se dissipe, le caporal réprimande ses troupes pour leur manque de sang froid. Les cris reprennent cependant vite, car Eren veut aller aider les soldats qui meurent petit à petit. Je sais ce que tu ressens mec, je m'estime bien trop coupable de ces décès successifs. Il hésite maintenant à se transformer, Petra intervient, puis Livaï. Je me perds une nouvelle fois dans mes pensées. Et si c'était mieux finalement ? Eren en titan serait sûrement plus efficace que moi contre Annie. Il y aurait probablement moins de morts, et une plus grande chance de réussite. Bordel. Je ne sais pas. Je ne sais plus. Mes mains se resserrent sur les manches de mes lames. Est-ce que je suis de taille ? Ou bien est-ce qu'Erwin me surestime ? Eren, tu ferais mieux que moi, j'en suis sûre.
– Moi, je ne sais pas, reprend Livaï. Je n'ai jamais su. Croire en sa propre force, ou croire en les décisions de compagnons dignes de confiance, personne ne sait ce qui est juste. Alors, fais ton choix de sorte à ne pas avoir de regrets.
Je me crispe. Il y a une énorme différence entre lire ces mots, les regarder sur un écran et les entendre en vrai, ce n'est pas le même impact. Surtout dans un moment où l’on se sent concerné. Je sens les larmes monter aux yeux sous le coup des émotions. J'ai pas signé pour vivre tout ça putain ! D'ailleurs j'ai pas signé du tout.
– Eren ! crie alors le caporal. T'es lent ! Décide-toi vite !
– J'avance ! répond le concerné du même ton.
Je pousse immédiatement ma monture dans ses limites. Nous devons absolument distancer le titan féminin. Nous sommes presque rendus. Allez, encore un effort. Nous passons enfin devant les canons et ces derniers, sur un cri d'Erwin, envoient une multitude de câbles se planter dans la chair du monstre. Nous poursuivons notre route à la même cadence.
– Un peu plus loin, attachez vos chevaux et passez en manœuvre tridimensionnelle, ordonne Livaï. On se sépare pour le moment. Je laisse le commandement à Erd. Restez à bonne distance de ce titan et empêchez-le de voir Eren. Je vous confie mon cheval. Laiah, tu me suis.
– Oui, je réponds.
Je me rapproche de Petra pour lui confier la bride de l'animal que je monte. Au moment où elle les saisit, je lui murmure quelques phrases.
– N'envoyez surtout aucun fumigène, nous vous retrouverons lors du repli. Nous n’en enverrons pas non plus. Et si jamais vous devez vous battre malgré toutes nos précautions, ne comptez pas une minute, mais trente secondes.
Je vois à son regard qu'elle ne comprend pas tout, mais elle sait très bien que je ne dis pas ça au hasard, aussi hoche-t-elle la tête. Livaï se propulse dans les airs, je l'imite, le cœur battant. Je prie pour les revoir en vie. En quelques mouvements, nous atterrissons près d'Erwin. Les deux hauts gradés discutent pendant que je glisse mon regard sur Annie. Comment pourrais-je l'empêcher de fuir ? J'en ai aucune foutre idée. Super, ils ont bien fait de me confier cette mission, je respire la réussite et le succès moi. Un mouvement attire mon attention. Mike et Livaï viennent de sauter vers la nuque du titan.
– Tiens-toi prête, me souffle Erwin, toujours à mes côtés.
Les mains d'Annie, posées sur sa nuque, se durcissent lorsque les lames des deux soldats d'exception entrent en contact avec elles. Mike remonte alors sur une branche tandis que le caporal reste sur la tête du monstre. Il lui parle, je vois le titan se contracter. Merde, le hurlement. Je dois l'empêcher de crier ! Sans réfléchir, je me propulse à pleine vitesse sous le regard étonné des militaires présents et me précipite vers la bouche du monstre. Ses lèvres s'entrouvrent, je vois sa gorge vibrer. Elle écarquille les yeux en me voyant, surprise. Je laisse mon instinct guider mon corps et écarte les bras, lames en avant. Mes armes plongent dans la chair dans un déchirement écœurant, je réprime mon envie de gerber pendant que le sang d'Annie me gicle dessus. C'est immonde bordel. Je poursuis mon œuvre macabre jusqu'à ce que sa gorge ne soit plus qu'un amoncellement de peaux fendues et que ses cordes vocales soient inutilisables, transformant son appel à l’aide en gargouillement noyé. J'ai réussi. Pourtant, je ne m'arrête pas là, quitte à être dégueulasse, autant que ce soit pour une bonne raison. Elle ne veut pas nous laisser atteindre sa nuque ? Tant pis, je vais passer par l'autre côté. Je m'enfonce dans le corps meurtri et traverse à l'aide de mes lames, me frayant un passage de son cou jusqu'à sa nuque. Je l'aperçois enfin, cette jolie blonde meurtrière. Ses yeux, grands ouverts, me fixent sans comprendre, écarquillés et paniqués. Je n'attends pas plus et tranche bras et jambes, ignorant l’alerte morale de ma conscience. Ainsi, elle ne pourra plus se transformer. Mes doigts glissent sur les gâchettes et mes lames tombent. Avec les poignées, je frappe violemment le crâne de mon ennemie pour l'assommer, puis je la prends par la taille et active mes câbles pour sortir. Une fois à l'air libre, je respire un grand coup avant de me laisser tomber au sol. Le titan s’était déjà affaissé, mais la chute reste haute et brutale. Je laisse le corps inconscient d'Annie rouler par terre, hors de mon emprise, et lâche les manches de mon équipement. Je reste là, allongée, les bras écartés et le souffle rapide. Mon corps et mes vêtements sont couverts de sang, tout comme mes cheveux et mon visage. De la fumée s’échappe déjà, faisant disparaître le liquide progressivement, mais bien trop lentement. Livaï, Erwin et Hanji arrivent immédiatement, le premier s'accroupissant près de moi et les deux autres s'occupant d'Annie, aidés par les soldats. Aucun militaire aux alentours ne fait attention à moi et ça me convient parfaitement.
– Tu te sens comment ? me demande le caporal.
Au choix, paniquée parce que je viens de faire un truc de dingue, sale parce que je suis couverte de substance écarlate d'une anatomie humanoïde cheloue, fatiguée parce que la peur ça épuise le moral et horrifiée par le fait que je viens de découper quelqu'un en cinq parties pour en ramener le tronc.
– Je... Bi... Bien... je souffle, incapable d'articuler trois mots correctement.
Je me mets alors à trembler, on dirait une expérience ratée dans un tube à essai en cours de chimie, sérieux, où est le bouton stop ? C'est normal comme réaction ça ? Le corps du titan continue à fumer, tout comme moi. Le sang qui me macule disparaît peu à peu et la seule chose qui reste est mon traumatisme évident. Qui se souvient quand j'ai dit que je n'étais pas une héroïne ? Parfait, je le répète quand même.
– Effectivement, ça a l'air, soupire Livaï avec ironie.
Il me soulève doucement pour que je m'assois tout en me tenant fermement les épaules. Je me laisse faire, de toute façon, j'ai pas la motivation de mouvoir le moindre muscle. Mon corps se calme lentement pendant que le caporal essaie de communiquer avec moi. J'admets ne pas être très coopérative. Lasse des émotions qui me bousillent l'esprit, je laisse ma tête tomber en avant. Nickel, je ne bouge plus. Les yeux clos et le front posé sur le haut de la veste du militaire, je ne me fiche du monde.
– Tu m'expliques ? questionne ce dernier sans pour autant se décaler.
– Là d’où je viens, c'est pas vraiment une activité courante de découper des gens en morceaux tout en plongeant dans un corps géant qui t'asperge de sang, je murmure d'une petite voix.
Je le sens s'agiter et ne retiens pas la phrase qui surgit dans mon cerveau.
– Me lâche pas.
Il se fige. En temps normal, j'aurais eu honte, là j'expérimente la crise d'angoisse donc j'en ai rien à foutre. Je pense sincèrement que mon action n'est pas le seul facteur d'une réaction si excessive, je crois que c'est l'expression de la pression accumulée depuis mon arrivée. Après tout, jusque-là, j'ai été relativement calme, j'ai accueilli chaque information avec un sang froid que je n'aurais pas imaginé avoir et je me suis bien contrôlée émotionnellement parlant, ça ne pouvait pas durer éternellement. Je ne suis qu'une gamine, n'oublions pas. Il y a un moment où les limites, elles sont franchies. Et un voyage entre les dimensions, c'est plutôt une bonne excuse pour craquer, non ? Mon cœur s'apaise enfin, reprenant des battements lents et réguliers.
– Je ne comptais pas le faire, répond enfin mon interlocuteur.
Je l'avais oublié lui. Honteux, sachant je me servais de lui comme d'un oreiller hein. J'ouvre les yeux et relève la tête, tombant dans ce regard gris acier à la fois effrayant, intimidant et rassurant. J'ai pas précisé qu'il était sublime aussi, mais le nombre de fangirls et fanboys qu’il a dans la communauté SNK était éloquent à ce sujet. Actuellement je rajouterais aussi « protecteur », c’est vrai que bien qu’il le cache et qu’il ne soit pas très démonstratif, il a un côté paternel avec les autres, notamment les plus jeunes.
– Tu peux te lever ?
Je hoche la tête, il se redresse donc et me tend la main. Je la saisis et me mets debout. Annie est ligotée, immobilisée et toujours inconsciente. Elle est placée dans un chariot fermé pour plus de discrétion et le véhicule est encadré de soldats vétérans. Erwin s'avance vers moi.
– Félicitations, c'est un succès et une belle victoire pour l'humanité.
Je souris simplement, ne sachant pas quoi dire. Tu peux dire ce que tu veux mec, sur une action de deux minutes, j'ai plus paniqué qu'autre chose. Sans compter que cette réussite a coûté très cher. Le major s'en va donner des directives, puis l'ordre de repli est lancé avec une bombe sonore.
– Allons rejoindre l'escouade, me dit Livaï.
– Non, ils nous rejoindront au point de rendez-vous, par sécurité j'ai dit à Petra de n'indiquer la position d'Eren sous aucun prétexte.
Le caporal me fixe alors.
– Tu pensais que tu allais échouer, c'est ça ? demande-t-il.
Oh quel magnifique sol, vraiment, j'ai rarement vu de la terre aussi belle, et si je la regardais avec une grande attention pour fuir le regard et la remarque de ce charmant monsieur ? Excellente idée. Je me félicite d'être en présence d'un terrain si captivant.
– Laiah.
Je sens au ton de sa voix que ma feinte est un échec. Ok, on abandonne la mission. Je répète, on abandonne la mission. Je lève donc les yeux et vois ses iris désapprobateurs posés sur moi.
– Tu sais, souffle mon interlocuteur, je vais finir par me sentir vexé de ton manque de confiance en toi alors que j'ai passé beaucoup de temps à t'entraîner.
Nan, genre, lui, vexé ? Est-ce que c'est sérieux ou est ce qu'il essaie de faire de l'humour ? Euh, dans le doute, supposons que c'est sérieux. Dans ce cas, j'ai peut-être fait preuve de maladresse. Parce que bon, ce type m'a sauvée, recueillie, protégée et instruite aux arts militaires. La boulette.
– Non non Livaï, c'est pas ça, ce que t'as fait était plus que bien. Je... euh... J'suis juste nulle, pardon.
Je me sens encore une fois sondée par ses yeux. J'ai très envie de me rouler en boule quelque part, loin. Arrête de m'effrayer avec ton aura de mec badass héroïque et parfait steuplait.
– Suis-moi, on rejoint le camp.
J’apprécie qu’il n’insiste pas. Livaï se propulse de nouveau dans les arbres, je le suis. Il ne reste plus qu'à rentrer en surveillant Reiner et Berthold. Heureusement, ils ne pourront pas voir Annie, ils devront attendre d'être rentrés pour avoir les informations et par conséquent pour pouvoir agir. Nous arrivons dans la clairière où les survivants répertorient disparus et corps. Il ne faut attendre que quelques minutes pour voir l'escouade d'élite arriver. Ils sont tous en vie, je suis soulagée. Erwin commence à donner les ordres pour le retour, avec l'attaque du titan féminin, il est hors de question de poursuivre le voyage à Shiganshina. L'escouade Livaï est placée en avant du convoi, près des chariots. Avant d'y aller, Petra m'amène mon cheval et celui du haut gradé responsable de notre groupe. Après une rapide discussion avec Erwin concernant les évènements à suivre, notamment par rapport aux titans censés interrompre la chevauchée, nous sommes, le caporal et moi, chargés de fermer la formation. Je n'avais plus le nom des soldats qui, en partant récupérer le cadavre de leur ami, vont attirer les monstres. Je ne pouvais donc pas les retrouver parmi les militaires. Et lorsqu’ils se sont manifestés par leur colère auprès des supérieurs, c’était avant notre arrivée, ils sont donc déjà partis chercher le corps. Le major a été très clair, je ne dois pas risquer inutilement ma vie. Si aucune solution ne s'offre à nous, j'ai pour ordre de remonter le convoi avec le caporal. Je monte en selle et dirige l'animal vers le dernier chariot. Les corps s'y empilent, je déteste la vision qui s'offre à mes yeux. Livaï arrive à côté de moi au moment où le départ est donné et il grimpe rapidement sur le dos de son étalon. Je lance ma monture au galop en attendant de voir apparaître les deux titans. L’avantage dans cette version, c’est qu’il n’est pas blessé cette fois, il pourra agir s’il le souhaite. Nous chevauchons pendant une dizaine de minutes avant que des bruits de pas lourds ne retentissent dans notre dos. Je me retourne et vois deux cavaliers poursuivis. Un son fracassant attire mon attention en avant. L'attelage du chariot vient de se briser. Merde, c'était pas prévu ça, est-ce que les évènements ont été modifiés par mes actions ? Livaï attrape les lanières cassées pour stabiliser la course du véhicule. Je jette un coup d’œil vers les deux soldats en arrière. Je me souviens que l'un d'entre eux va mourir. Non, il y a eu assez de morts. Si je ne fais rien, je ne pourrais plus me regarder dans un miroir. Le caporal semble une nouvelle fois suivre mon raisonnement puisqu'il tourne la tête vers moi. Pardon mec. Je pars à pleine vitesse en arrière, en direction des titans, pendant qu'il me crie de rester là. J'ai à peine amorcer mon geste que je regrette déjà. Mes yeux se remplissent de larmes, j'ai peur, mais mon corps agit seul, automate autonome. A l'instant même où je passe entre les deux cavaliers, j'abandonne mon cheval et m'élance dans les airs. J'accroche le premier géant, me propulse vers sa nuque et tranche la partie sensible. Ma cible s'écroule au sol pendant que je voltige vers l'autre. Du coin de l’œil, j'aperçois les soldats fuir et Livaï galoper vers moi. Un autre militaire s'occupe du chariot abîmé un peu plus loin. Je me concentre sur mon ennemi, mais je ne suis pas assez rapide, sa bouche ouverte fonce sur moi bien trop vite. Par réflexe, je ferme les yeux.
« Non, tu dois vivre »
Cette voix. Je la connais. C'est celle qui m'a emmenée ici. J'ouvre les paupières. Je suis seule, flottant dans le noir total. Tiens, pas de chute ? Quelle innovation. Je ne vois rien, pourtant, elle est là, j'en suis sûre. La question qui me brûle franchit mes lèvres.
– Pourquoi m'as-tu envoyée ici ?
Un silence. Lourd, pesant.
« Ils méritent mieux que ce que le destin leur propose. Il leur fallait de l'aide... pour arranger les choses »
Dans ce cas, ton choix est loin d'être judicieux, je doute être en capacité d'aider qui que ce soit. Surtout en plongeant dans la gueule d'un titan. Je ne dis rien, j'ai besoin d'autres réponses.
– Quand retournerai-je chez moi ?
« Jamais »
Mon cœur se serre. J'ai toute ma vie là bas. C'est douloureux de savoir que je ne pourrais pas la retrouver.
« J'ai sacrifié immortalité et âme pour te permettre ce voyage »
J'ai donc affaire à une puissante entité qui a dépassé ses limites. Sa voix perd en volume, on dirait qu'elle agonise.
– Pourquoi moi ? je murmure alors.
Nouveau silence.
« Pourquoi pas ? »
Elle se tait. Je ne sens plus sa présence. La lumière implose sous mes yeux et je me vois tomber entre les lèvres du monstre. Cet instinct étrange que je ne me connaissais pas prend le relais et je tourbillonne avant de m'extraire de la cavité humide et absolument immonde. D'un geste, je lance mon câble sur l'épaule du titan et cours le long de son bras avant de me jeter en l'air. Je tracte le fil métallique et remonte vers la nuque. J'abats mes lames sur la peau, qui se déchire dans un bruit sourd. Le temps que ma cible tombe, je m'y accroche puis je redescends au sol et cours vers Livaï qui tient la bride de mon cheval. Il a du récupérer ma monture en voyant que je tuais le second ennemi. D'un bond, je grimpe sur le dos de l'animal et nous remontons rapidement rejoindre le convoi.
– C'est pas ce qu'Erwin entendait par « ne pas risquer ta vie inutilement » tu sais, me reproche Livaï tandis que nous galopons.
– C'est pas inutile puisqu'ils sont tous vivants, je réplique en désignant les deux rebelles devant nous d'un mouvement de tête.
La discussion s'arrête là et nous poursuivons notre course. Bientôt, les murs apparaissent dans notre champ de vision. Nous avons réussi, Annie est capturée, l'escouade d'élite a survécu, et oh grand exploit, je suis encore en vie.
Chapitre 7 : Connexion
/Point de vue Laiah/
Restés en fin de convoi, Livaï et moi entrons les derniers dans l'enceinte du mur. Dès que je franchis la porte, l'anxiété que je ressentais depuis notre départ me quitte. Putain, j'ai survécu à ma première expédition. La foule est identique à ce matin, j'attends les insultes à l'encontre du bataillon, comme dans SNK, mais rien ne vient. Quelqu'un dans nos rangs a-t-il crié que nous avions enfin réussi quelque chose, que l'opération n'était donc pas un échec et un investissement financier inutile ? Ou bien sentent-ils simplement notre exploit à travers les visages fiers des soldats parcourant les rues ? Je tourne mon regard vers le caporal, qui tire la tronche, comme d'habitude. Nouveau challenge, le faire sourire ou se marrer. J'ai déjà entendu le rire du doubleur japonais qui lui prête sa voix dans l'animé, c'est franchement très good vibes, je veux voir ça en vrai. Nous traversons de quelques mètres la cité, puis Livaï descend de son cheval pour le ménager après l'effort enduré dans la journée. Je l'imite, préférant ne pas plus fatiguer ma propre monture. Un homme s'approche alors de mon acolyte, et je devine sans difficultés qu'il s'agit du père de Petra. Un immense soulagement survient en moi quand je songe que sa fille n'est pas morte comme elle devrait l'être. Je souris sans pouvoir m'en empêcher, heureuse d'avoir servi à quelque chose, une grande première dans mon existence. J'accélère ma marche dans l'optique fort polie de ne pas écouter la conversation des deux hommes, ce qui est parfaitement idiot car j'en connais déjà le contenu, ayant vu l'épisode de nombreuses fois lorsque je travaillais sur L'attaque des titans. Je m'offre cependant une gommette verte pour la bonne volonté. Des enfants, grimpés sur des tonneaux, font de grands signes de la main en criant de joie, attirant l'attention non seulement des soldats mais aussi des chevaux. Une fillette pousse un cri suraigu et l'animal que je guide se tend soudainement tout en baissant les oreilles. Il tourne la tête vers l'origine du bruit en même temps que moi. D'une main distraite, je flatte son encolure pour le rassurer et ma monture tourne son visage vers moi. On se regarde un instant et j'ai comme l'impression qu'on pense la même chose, à savoir « je sais pas comment on en est arrivés là, mais j’ai connu de meilleures journées ». Je poursuis mon chemin en silence. Une fois à l'intérieur de la caserne, une jeune femme vient prendre mon cheval tandis que les blessés sont emmenés à l'infirmerie et que les militaires se placent devant l'estrade. Je m'avance au milieu de la foule quand Erwin monte sur les planches surélevées pour être vu de tous. Le silence se fait rapidement et il commence à parler.
– Pour l'instant, je ne peux vous donner beaucoup de détails sur le succès d'aujourd'hui, soyez toutefois assurés de l'utilité de cette expédition, et ce malgré le retour ordonné avant d'atteindre Shiganshina. Il vous faudra patienter quelques jours pour en savoir plus, le temps que nous prenions les dispositions nécessaires. D'ici là, sachez que la mission a été une victoire pour nous, notamment grâce à l'efficacité d'une soldate particulière. Je vous félicite tous pour votre bravoure, car chacun d'entre vous a fait preuve d'un grand courage hors des murs.
Mon cœur s'est arrêté lorsqu'il a parlé de moi, j'ai cru pendant un instant qu'il allait me désigner alors que je dois être le plus invisible possible. Mais heureusement, cet homme pense à tout. Une main se pose sur mon épaule et je me crispe sous la surprise tout en tournant vivement la tête.
/Point de vue Livaï/
Je cherche Laiah des yeux, elle ne m'a pas attendu lorsque le père de Petra est venu vers moi. Je l'aperçois, un peu plus loin, s'approchant de l'estrade pour écouter Erwin. Je marche vers elle et pose une main sur son épaule. Je la sens se tendre soudainement et croise son regard pris d'une lueur paniquée qui disparaît quand elle me reconnaît.
– Suis-moi, je lui souffle discrètement, il vaut mieux que tu ne te fasses pas remarquer. Certains soldats ont été témoins de ton action dans la forêt, d'autres t'ont vue jouer à l'héroïne lorsque nous étions poursuivis pendant le retour. Les gens parlent, d'ici quelques heures, tout le monde ici aura entendu parler de toi, et ne crois pas passer inaperçue avec tes putains de cheveux rouges.
J'exerce une pression avec mes doigts pour qu'elle se retourne, et la pousse doucement vers le bâtiment. Elle avance sans dire un mot. Nous traversons les couloirs jusqu'à entrer dans mon bureau. Une fois la porte close, je regarde l'adolescente de haut en bas.
– Je suppose qu'après tes exploits d'aujourd'hui, tu as envie d'une douche.
– Tellement, acquiesce-t-elle.
Je suis content de constater qu’on a le même point de vue sur l’hygiène, je n’aurais pas pu supporter une seconde Hanji.
– Attends pas de dégueulasser mes quartiers, vas-y.
Elle sourit et se dirige vers la chambre pour prendre des vêtements propres avant de s'enfermer dans la salle de bain. De mon côté, je m'assois à mon bureau et pose mes coudes sur la table. Ma tête tombe lourdement dans mes mains tandis que je ferme les yeux. J'aurais du tous les perdre aujourd'hui. Mais ils sont encore là. Tous les quatre. Je soupire. Je ne veux plus voir mourir quiconque, je ne le supporte plus. Trop de personnes autour de moi sont parties brutalement. Putain. Si Laiah n'avait pas été là, ils seraient morts, et je n'aurais rien pu faire. Je suis donc condamné à être un incapable à chaque fois ? Je me crispe. Merde ! Je refuse de croire que je suis pas foutu de protéger mon entourage. La porte grince, coupant ma réflexion, je relève la tête et vois la gamine. Elle a l'air gênée d'interrompre ma solitude mais je discerne mal son visage à cause de ses cheveux encore humides et détachés, formant une véritable crinière autour de sa tête. Jamais vu un tel bordel capillaire.
– Livaï ? demande-t-elle d'une voix hésitante.
– Quoi ?!
Merde, j'ai répondu sèchement, ma colère n'ayant pas eu le temps de redescendre. Je la vois tressaillir légèrement et regarder le sol.
– Je me demandais si je pouvais avoir du papier et un crayon. Je... J'ai besoin de créer des choses, écrire et dessiner, c'était crucial dans mon monde pour que je me sente bien et épanouie. C'est vital... en quelque sorte, et ça fait plusieurs semaines que j'ai rien fait, ça me manque beaucoup et après la crise d'angoisse que je me suis tapée aujourd'hui, j'aimerais vraiment... fin tu vois quoi... reprendre...
Je me lève en silence pour me placer en face d'elle. Doucement, je pose une main sur son épaule, elle relève les yeux vers moi. Je remarque un hématome au dessus de sa fossette gauche, probablement dû à sa chute dans la forêt.
– Sers-toi, il y a des feuilles dans le premier tiroir à gauche.
C’est pas comme si je me servais de paperasse de toute façon, qu’elle l’utilise à sa guise. Elle ouvre la bouche pour parler mais je ne lui en laisse pas le temps.
– C'était pas contre toi.
Elle comprend que je fais référence à mon humeur et hoche la tête sans répondre.
– J'ai juste besoin d’être seul, je continue pendant que ses iris me fixent.
Ma main s'élève alors pour frotter doucement ses cheveux écarlates dans un geste que je veux affectif.
– Merci pour ce que tu as fait pendant l'expédition, je dis enfin avant de partir dans la chambre.
Je m'assois sur mon lit, reprenant mes pensées chaotiques, tandis que l'adolescente reste dans l'autre pièce. Je finis par m'endormir sans le vouloir, bercé par le doux bruissement régulier du crayon sur le papier.
/Point de vue Laiah/
Je regarde autour de moi sans comprendre. Où suis-je ? Mes yeux tombent alors sur la fresque colorée, et je reconnais enfin l'étage de mon lycée. Qu'est-ce que je fais là ? Je fronce les sourcils. Je suis rentrée ? Ou bien c'était un rêve ? Un simple regard sur ma tenue me pousse à réfuter cette dernière théorie. Je suis toujours vêtue de l'uniforme du bataillon d'exploration. Lentement, comme un automate, je me dirige vers l'escalier et le descend. Une voix parvient jusqu'à moi, surprise et agacée.
– Quoi ? Mais il était super bien mon rêve, qu'est-ce que je fous ici ?
Mon cœur accélère ses battements, je reconnais cette intonation claire. Je m'arrête à la première marche, fixant la silhouette près du banc, au milieu du forum.
– Juliette ? je demande, abasourdie.
La jeune fille aux cheveux rouges se retourne à l'entente de son prénom. Ses yeux s'écarquillent doucement tandis qu'un sourire naît sur ses lèvres.
- Laiah ? C'est toi ?
Non, c'est Philippe Poutou. Il me manque un peu lui d’ailleurs. Ses petits discours de révolution là.
– C'est moi, je réponds.
Une explication plausible survient alors dans mon esprit. Je murmure pour moi-même sans prêter attention à mon amie qui m'écoute pourtant attentivement tout en se dirigeant rapidement vers moi pour me prendre dans ses bras.
– J'ai du m'endormir dans le bureau...
– Le bureau ? répète-t-elle sans vraiment comprendre.
Je ne dis rien, perdue dans mes réflexions. Toutefois, je réponds à son étreinte, contente de pouvoir la voir. Sa voix résonne près de mon oreille.
– Où t'étais passée ?
Je me recule et la regarde avec gravité.
– J'ai donc bien disparu de votre monde en arrivant ici...
Je ris nerveusement à la suite de ma phrase.
– Je dis déjà « votre » au lieu de « notre », décidément.
Juliette éclate d'un rire frais et sincère qui me fait inconsciemment sourire. Mes potes me manquent beaucoup je crois.
– Notre monde ? Mais il n'y a qu'un seul monde non ?
Elle fait une pause avant de lever un regard malicieux sur moi.
– Oh je sais, tu es passée dans le monde merveilleux des cosplays ?
Elle continue de pouffer tandis que je la fixe avec sérieux.
– Dis-moi, depuis combien de temps je suis partie ?
Son expression devient soudainement plus triste.
– Ça fait cinq mois qu'on a plus de nouvelles de toi... Bordel mais t'étais où ? T'étais même pas là pour le bac !
Bon, Juliette, t'es mignonne hein, mais après avoir changé de dimension, perdu ma vie, mes proches et mon avenir, loupé de peu de me faire bouffer vivante, été enrôlée malgré moi dans une armée de suicidaires et survécu à une expédition dans laquelle le taux de survie ne dépasse pas les trente pour cent, tu m'excuseras de pas penser au bac. A côté de ce foutoir, je pourrais même me réconcilier avec Parcoursup. Ouais non, probablement pas, faut pas abuser.
– Je... Je ne peux pas l'expliquer, dis-je en me passant une main lasse dans les cheveux. J'ai pas toutes les réponses et j'ai du mal à comprendre ce qui m'arrive.
Je soupire, cherchant mes mots.
– J'ai été envoyée dans une autre dimension. Je suppose que des avis de recherche ont été affichés ?
– Évidemment ! Ça a circulé pendant tout l'été !
Bon, au moins je manque à des gens, ça fait plaisir d'une certaine façon. Mais j'ai un problème plus important à élucider. Je peux sentir mon cerveau surchauffer tandis je réfléchis. Même en maths, il carburait pas autant lui. L'entité responsable de mon arrivée m'a pourtant dit avant de disparaître que je ne pourrais pas rentrer, alors comment puis-je parler avec mon amie ? Est-ce que je suis encore reliée à mon monde, même partiellement ?
– Ju, as-tu fait quelque chose pour qu'on puisse communiquer via nos rêves ? je demande.
– Je... Je crois que j'ai juste voulu te revoir, je pensais à toi hier soir... Att.. Attends, je... je rêve encore là ?
Je vois des larmes imbiber ses iris.
– Alors, souffle-t-elle d'une petite voix, t'es pas vraiment revenue ?
– C'est plus que probable, j'étais encore dans le bureau il y a cinq minutes, je me souviens avoir regardé l'heure, il devait être quatre heures...
Je fais une pause, vérifiant mentalement ma réflexion pour ne pas dire de la merde.
– Et non, je ne suis pas revenue, je renchéris. Mon arrivée ici a déjà bien chamboulé l'ordre des choses et a causé suffisamment de conséquences. Tu sais, un changement de dimension c'est pas rien. Dis, tu pourrais prévenir les autres que je vais bien ? Et mes parents aussi, même s’ils vont avoir du mal à comprendre et à te croire ? Je sais que je t'en demande beaucoup, mais je n'ai aucun autre moyen de leur dire.
– Oui bien sûr !
Elle semble alors comprendre le sens de mes paroles puisque ses sourcils se froncent subitement.
– Attends, mais de quelle dimension tu parles ? Et tu étais dans quel fucking bureau ? Et bordel, tu as changé l'ordre des choses de quoi ?
Je me pince l'arête du nez, fatiguée à l'avance de l'explication compliquée que je vais devoir fournir. Je recule légèrement sous les yeux attentifs de Juliette et lève les bras pour désigner mes fringues.
– J'ai été envoyée dans SNK.
Le tact ? Connais pas.
– Avant d'incruster ton rêve, je poursuis, j'étais en train d'écrire dans le bureau de Livaï, c'est lui qui est chargé de veiller sur moi. J'ai dû intégrer le bataillon d'exploration car avec mon savoir sur le manga, je connais leur futur. Je suis donc un atout pour eux et un danger pour le gouvernement. Et je risque gros s'il apprend mon existence.
Je rigole alors.
– Tu vois Juliette, même en changeant de dimension, le pouvoir et moi ça fonctionne pas. Ce doit être une sorte de règle universelle.
L'adolescente me fixe en silence, la bouche entrouverte et les yeux écarquillés. Je regrette de ne plus avoir mon téléphone pour immortaliser ce moment. Tant pis, je profiterai simplement de la vision. Après un court temps à admirer la qualité faciale de ma pote, je décide de claquer des doigts devant elle.
– Juliette ?
– Tu... Je... prononce-t-elle enfin avec difficultés. On t'a cherchée pendant cinq mois... Et... Et toi tu étais dans... Dans SNK... Est-ce que t'as une idée du degré d'improbabilité que ça arrive ?
Je hausse les épaules avec désinvolte. Ma vieille, si tu savais à quel point l'improbabilité avait disparu de mon vocabulaire depuis le début que cette aventure de dingue.
– J'ai pas choisi de passer d'une dimension à une autre en manquant au passage de finir dans la gueule d'un humain géant et à poil.
Je lui jette un regard blasé.
– C'est pas le paradis ici. Au fait, ton bac ? Parcoursup ? Et les autres ?
– Tu as failli te... Oh putain mais tu vas bien ? L'hématome c'est un titan aussi ? Et oui, je l'ai eu, j'ai été prise à Paris même si Parcoursup c'est de la merde. Eli a été accepté au conservatoire, Ugo dans sa fac de langues et Alexandre pour son IUT au Mans.
Je touche machinalement la tâche violacée sur ma pommette gauche, repensant à ma journée et à ma crise d'angoisse. Je devrais peut être lui en parler. En même temps elle semble déjà suffisamment inquiète et je lui ai pas encore annoncé que je ne rentrerai sans doute jamais. Je vais la ménager du mieux que je peux.
– Ouais ça va tranquille, je dis en souriant, peut-être exagérément. Euh non, ça, ça vient d'une chute pendant la dernière expédition extra muros. Je me suis mangé le sol après une action difficile contre un titan particulièrement coriace. Tant mieux pour vous, je suis contente que vous ayez eu vos vœux.
– Une chute ? reprend mon amie en rigolant. Parce que dans ce monde là aussi t'es un boulet ?
Comment ça « dans ce monde là aussi » ?
– J'aimerais bien t'y voir, je rumine, pas plus vexée pour autant.
– Pas moi, continue Juliette. Bon, blague à part... Tu comptes rentrer quand ?
La bonne humeur que j'avais disparaît aussi rapidement qu'un verre de bière dans un bar de Nantes.
– Je ne rentre pas. Je ne peux pas rentrer.
Ma pote me donne un léger coup de coude.
– Mais bien sûr, allez, dis-moi.
Je reste silencieuse, fuyant son regard en abaissant la tête vers le carrelage sombre du lycée. Si je croise ses iris, je vais craquer. Fait chier.
– Il doit bien y avoir un moyen ! continue mon interlocutrice, têtue. Une porte ? Un pont ?
Je secoue la tête.
– C'est une entité qui m'a fait venir. Mais ça lui a coûté la vie. Enfin, si elle était vivante de base.
– Une entité... Mais pourquoi ?
Mon amie commence à pleurer.
– Pourquoi toi ? demande-t-elle entre deux sanglots.
Je n'ai pas de réponses à lui donner.
– T'as rien fait à part lire ces putains de bouquins ! s'énerve alors Juliette pendant que de nouvelles larmes coulent sur ses joues. Et ta famille ?! Et nous ?! On a rien fait pour mériter que tu disparaisses !
D'une certaine façon, je me sens flattée par sa dernière phrase. En mode si tu fais de la merde, le karma te punit en te retirant ma compagnie. Pas mal pour l’ego. Malgré tout, sa tirade me fait bien mal. Je m'assois sur les marches de l'escalier et lève les yeux vers ma pote.
– Je ne sais pas. J'ai rien demandé non plus, tu sais.
– Au moins tu vas pouvoir voir quelques-uns de tes innombrables crushs fictifs, dit-elle alors en souriant légèrement, comme pour détendre l'atmosphère.
Oui, j’ai une liste assez longue de personnages sur lesquels j’ai eu un coup de cœur. Mais c’est pareil pour tout le monde I guess ?
– Tu parles, je rétorque d’un ton faussement dépité, six sur un total dépassant les six cents, même dans un club BDSM, le ratio douleur – plaisir est mieux équilibré.
Je soupire dramatiquement, dans le but de conserver ce climat léger. De plus, je suis particulièrement fière de cette référence à la vidéo de CrazyBombWorld.
– Putain, j'en peux déjà plus de toi, rigole mon amie. Ton humour m’avait manqué.
Je souris, contente qu'elle ne pleure plus. La situation est déjà assez difficile comme ça.
– Bon, reprend Juliette, qu'est-ce que tu veux que je dise aux gens de notre... mon... bref du monde d'où on vient ? Parce que je ne tiens pas à finir en hôpital psychiatrique en fait. Je hausse les épaules.
– J'en sais rien, fais comme tu le sens. Au pire, raconte juste ton rêve. Enfin, si ça se trouve, demain tu penseras juste avoir inventé tout ça.
– Oh non, crois-moi, mon esprit est pas assez tordu pour imaginer ça. Tiens, c'est moi où un haut parleur vient de hurler « N. R. J. » ?
– Je pense que c'est ton réveil, je réponds, n'ayant pour ma part rien entendu. Juliette, essaie de rassembler les autres pendant une soirée, endormez-vous en pensant à des moments chouettes passés ensemble avant ma disparition, et peut-être que je pourrais vous retrouver en rêve.
– Tu ne nous en voudras pas si on est bourrés alors ! rit mon interlocutrice. Tu me manques !
– Au contraire, faites-moi honneur.
L'adolescente commence lentement à disparaître sous mes yeux. Alors que sa silhouette se trouble, elle me jette un regard malicieux et me dit une ultime phrase.
– Mr Stark, I don't feel so good...
Belle référence. Je suis maintenant seule dans le lycée, pourquoi ne suis-je pas partie ? Aucune foutre idée. Pour combler l'ennui, je m'approche d'une table et aperçois un livre posé. Mes yeux dérivent sur la couverture et je hausse un sourcil, surprise. C'est un tome de SNK qui n'était pas encore sorti lors de mon arrivée dans la dimension du manga. Je m'empare du bouquin et commence à le lire. Le premier chapitre était déjà publié, mais les autres, je les découvre. Est-ce mon esprit qui invente la suite ? Non, je n'aurais pas imaginé l'intrigue comme ça. Alors, mon lien avec le monde réel me permet d'accéder à la continuité de l'histoire ? Insensé, et pourtant, tout prête à y croire. Si c'est bien le cas, alors mon savoir est encore plus grand que je ne l'imaginais, tout comme l'influence que je peux avoir sur cette dimension.
Chapitre 8 : Nouvelles prédictions
/Point de vue Livaï/
J'ouvre les yeux en sentant le soleil réchauffer mon visage. Je ne me souviens pas m'être endormi. Mon regard parcourt la pièce, où est Laiah ? Je me lève et entre dans le bureau, mes iris se balançant de gauche à droite à la recherche de l'adolescente. Ils finissent par se poser sur le sol. Elle est là, assoupie, à moitié ensevelie sous une pile de feuilles. Entre ses doigts, il y a un crayon. Elle a du sombrer dans le sommeil alors qu'elle l'utilisait encore. Je m'approche en silence, pose un genou au sol et ramasse quelques feuilles pour regarder. Il y a beaucoup de courts textes qui semblent avoir été écrits spontanément, sans réelle application si j'en crois l'écriture fébrile et les lettres vacillantes. Il y a des dessins aussi, un jeune garçon aux cheveux longs dont le t-shirt montre un personnage à l’expression neutre, des filles au regard sombres, des personnages sûrement issus de fictions et... Mon regard se fige sur deux papiers, encore dans les mains de Laiah. Je m'en empare doucement. Le premier me représente, seul et regardant un ciel étoilé. Le second montre Furlan, Isabel et moi, assis sur les remparts d'un château, chacun une bouteille à la main, tous souriant. Ma respiration se coupe tandis que je fixe les visages de mes amis. Les portraits sont fidèles, bien que traversés de quelques défauts sur certains tracés. Mes yeux quittent enfin le croquis et descendent vers le visage endormi de la jeune fille. Je pose ma main sur son épaule.
– Réveille-toi.
Elle ouvre les yeux et me lance un regard perdu. Elle se redresse subitement, la panique éclairant ses iris.
– Je... Je l'ai revue ! Elle était là... Elle était en face de moi ! Je pouvais lui parler !
– Calme-toi, je réponds sans comprendre de quoi elle parle, tu rêvais juste Laiah.
Ses yeux accrochent alors les miens et elle reste silencieuse. Nous restons ainsi pendant de longues minutes.
– Livaï, prononce-t-elle avec lenteur, je crois que je suis encore connectée avec mon monde.
Je hausse un sourcil, l'invitant à poursuivre. L'adolescente s'assoit en tailleur avant de reprendre.
– Cette nuit, j'ai rencontré une amie de chez moi, elle m'a parlé de ma disparition, et de ce qui s'est passé là bas depuis mon départ... C'était comme un rêve commun, dans mon ancien lycée. Après elle est partie, mais j'ai trouvé un livre, c'était SNK, et ce que j'ai lu dedans n'était pas encore sorti lors de mon changement de dimension.
Elle fait une courte pause, son regard est soudainement plus grave.
– Je pense que j'ai la faculté de me lier avec mon monde, et celle de pouvoir connaître la suite du futur du tien.
Je ne sais pas quoi répondre. Que pourrais-je bien dire après ça ?
/Point de vue Laiah/
Le caporal me fixe de ses iris gris acier sans prononcer un seul mot. Je suis incapable de deviner à quoi il pense, alors je me contente d'admirer ses yeux, je ne m’habitue pas au fait qu’ils soient réels. Après un court instant, il finit par soupirer avant de détourner le regard. Tout en passant une main lente dans ses cheveux ébènes, il se laisse glisser sur le sol, pliant son genou droit pour y laisser accouder son bras. Je prends alors conscience qu'on est deux bolosses assis par terre alors que les quartiers du haut gradé possèdent plein de meubles utiles. D'un bref coup d’œil, je remarque tous les papiers autour de moi, je me suis vraiment endormie n’importe comment moi. J'aperçois alors deux feuilles entre les doigts de Livaï. Ce dernier suit mon regard et me montre les deux dessins. J'écarquille les yeux, pourquoi a-t-il fallu qu'il tombe dessus ? Gênée, je baisse la tête et me mets à admirer mes bottes. Ces dessins peuvent être un peu intrusifs. La voix du caporal résonne alors, me surprenant par sa douceur inhabituelle.
– Tes croquis sont beaux Laiah, ils m'ont touché tu sais. Je... Je n'ai jamais pu avoir d'images d'eux, ça coûte trop cher d'engager un peintre ou un artiste, il n'y a que les nobles pour dépenser leur argent pour ça. Si tu le veux bien, j'aimerais beaucoup garder ça.
Je comprends qu'il est ému de pouvoir revoir Isabel et Furlan, même si c'est à travers mes médiocres dessins. Je lève alors les yeux vers lui et mes lèvres s'étirent légèrement.
– Ils sont à toi, je murmure. Je peux t'en faire autant que tu veux tu sais, considère ça comme un remerciement pour tout ce que tu fais pour moi.
Livaï sourit à son tour. Wow. Quoi. Livaï Ackerman qui sourit ? Spectacle rare dont il faut profiter là. Il a un sourire d'ange, en plus d’une gueule d'ange.
– Laiah, tout va bien ?
Oups, je crois que mon bug cérébral a été remarqué. Il faut absolument que je me reconcentre, histoire de répondre un « oui » banal et spontané, et sans te perdre dans tes pensées s'il te plaît. Allez Laiah. Tu peux le faire.
– Ton sourire est un don du ciel.
Et c'est un échec flagrant. Belle performance, vraiment. Sérieusement, comme est-ce que je fais pour être aussi stupide ? Mon interlocuteur hausse un sourcil, il ne s'attendait sûrement pas à cette réponse. Moi non plus cela dit. Un long silence s'installe, comme pour approfondir mon malaise. C'est un peu comme si tu tombais par terre et que quelqu'un arrivait pour te piétiner la face en te regardant droit dans les yeux. Un pur plaisir en effet. Le caporal se lève alors et me tend une main, que je saisis sans pour autant le regarder. Je me remets sur pieds quand il tire et il se dirige vers la porte sans plus de cérémonies.
– Allons voir Hanji, elle pourra peut être t'éclairer sur tes rêves et ta connexion à ton monde. Et si ce n'est pas le cas, elle pourra toujours étudier ton cas et te conseiller.
Je le suis sans répondre, ça me paraît être une bonne solution oui. Nous traversons les couloirs avant de nous arrêter devant une lourde porte. Fidèle à lui même, Livaï entre sans prendre la politesse de frapper et je lui emboîte le pas pour entrer dans un bureau d'une taille similaire à celui du caporal, mais dont l'agencement est complètement différent. Je ne dirais pas que c'est en bordel, car on voit bien que chaque chose est à sa place, mais il y a tant d'outils, appareils et dossiers entreposés partout dans la pièce et sur des étagères que la pièce semble lourdement étouffée. Assise derrière une table massive et tout aussi débordée de paperasse, Hanji lève le nez de son document pour nous regarder. Un gigantesque sourire naît sur son visage.
– Que me vaut le plaisir de vous voir ici ? demande-t-elle avec enthousiasme.
Le haut gradé me désigne la chaise en face de la cheffe d'escouade tout en tirant un tabouret d'un coin pour s'y installer avec nonchalance. Je m'assois alors et raconte à la scientifique mon rêve, ainsi que ma lecture nocturne, dans les grandes lignes pour ne rien spoiler. Mon interlocutrice me fixe d'un œil concentré, le détournant de temps à autre pour prendre quelques notes. Cette femme me met décidément à l'aise très facilement. Lorsque je me tais, elle me demande quelque précisions sur les évènements de ma nuit et m'interroge rapidement sur certaines choses de mon monde avant de froncer les sourcils, en proie à une réflexion intense.
– Dis-moi Laiah, reprend la militaire après un long moment, sans donner de détails où d'informations cruciales sur ta lecture de notre futur, est-ce que quelque chose t'a particulièrement marquée ?
Je réponds spontanément sans prêter attention à mes propos.
– Eren va être vachement différent dans quatre ans, physiquement mais aussi mentalement.
- Physiquement ?
- Une musculature, t’as peur.
Mes yeux s'ouvrent en grand lorsque je réalise ce que je viens de dire. Pour être spontané, c’était spontané. Hanji éclate de rire, aussi surprise que moi, tandis que Livaï hausse simplement un sourcil, sceptique. Je me sens un peu honteuse, mais le changement m’a vraiment marqué, on aurait quelqu’un d’autre. Je me rattrape d'un voix hésitante.
– Désolée, j'ai pas réfléchi.
– Ne t'en fais pas Laiah, sourit la scientifique.
Notre conversation est interrompue par des coups contre la porte. Erwin entre et s'avance jusqu'à nous.
– Je vous cherchais tous les trois, dit-il simplement. Vous allez partir vers l'ancien QG du bataillon, avec Annie. Personne ne doit savoir qu'elle est avec vous. Livaï, toi et ton équipe serez chargés de la surveiller. Hanji, tu partiras avec ton escouade ainsi que les jeunes recrues de la cent quatrième brigade, j'ai du négocier pour te les confier.
La scientifique se redresse, surprise par la dernière phrase.
– Après la découverte des pouvoirs d'Eren et Annie, explique le major, les autorités supérieures voulaient mettre au repos toute leur promotion, au cas où d'autres titans se cacheraient parmi eux.
J'aurais presque envie de rire. Parce qu'il y en a encore trois quand même. Il va falloir que j'en informe les hauts gradés rapidement d'ailleurs.
– Erwin ? je demande alors.
– Oui ? répond-t-il.
– Avant de partir, je vais donner de nouvelles informations, mais j'avoue être un peu perdue dans ce que je peux dire maintenant ou non.
– Réfléchis y pendant la matinée. Vous ne partez que dans l'après-midi, Livaï, Hanji et toi viendrez dans mon bureau un peu avant le départ.
Je hoche la tête et la scientifique entreprend de lui raconter mon rêve ainsi que ma potentielle faculté de continuer à lire leur avenir. Livaï se lève et me fait signe de le suivre, je salue donc les deux soldats et sors du bureau. Nous retournons dans les quartiers de mon gardien.
– Prépare tes affaires, me dit-il en me donnant un sac.
Je place alors les quelques vêtements que j'ai acquis au fil des mois. Beaucoup d'uniformes, très peu de fringues civils. J'ouvre un tiroir et me fige, dissimulés dans un petit sac de tissus, les fringues de mon monde avec mes accessoires. Je vais emmener ça aussi, on sait jamais, ça pourrait tomber entre de mauvaises mains et m'attirer des soupçons inutiles. Une fois mon sac bouclé, nous allons au réfectoire. Je ne parle pas du repas, ruminant mes réflexions en fixant mon café.
/Point de vue Livaï/
Nous sommes, Hanji, Laiah et moi dans le bureau d'Erwin. Ce dernier est assis, le regard figé sur l'adolescente. Nous l'écoutons parler sans l'interrompre. Elle a choisi de raconter les évènements tels qu'ils se seraient produits si Annie s'était échappée de notre piège dans la forêt.
– En escaladant le mur, conclut-elle, elle aurait provoqué l'écroulement d'un morceau, vous auriez alors vu que l'intérieur des murs est composé de titans vivants, et vous auriez également appris que le culte du mur est au courant.
Je plisse les yeux, ne croyant pas ce que je viens d'entendre. Hanji a poussé une exclamation de surprise pendant que ses globes oculaires doublaient de volume. Erwin, fidèle à lui même, s'est contenté de froncer les sourcils. Laiah donne quelques détails de plus concernant le culte, notamment vis à vis d'un certain révérend Nick.
– Je dois également vous donner d'autres informations pour que le bataillon ne soit pas pris de court, continue l'adolescente. Je ne peux pas encore tout dire tant que certains évènements ne se sont pas produits, mais il faut veiller sur Christa Lenz ainsi qu'Ymir de la cent quatrième brigade. Elles, tout comme Eren et Mikasa Ackerman sont des éléments importants de ce monde. Et vous devez impérativement vous méfier de Reiner Braun et Berthold Hoover.
– Pourquoi ? demande Hanji, interloquée.
– Reiner est le cuirassé, et Berthold le colossal, lâche notre informatrice sans aucun tact. Mais ne les laissez surtout pas croire que vous connaissez leurs identités.
Sa tirade amène un silence lourd dans la pièce, la binoclarde est choquée de ce qu'elle apprend, et Erwin semble assez perturbé lui aussi.
– Il ne faut surtout pas qu'ils apprennent qu'Annie sera au QG dans ce cas, je dis d'un ton sans appel.
– Hanji, décide alors mon ami, toi, ton équipe, Annie et deux membres de l'élite partirez avant le reste du convoi. Tâchez de cacher notre prisonnière avant l'arrivée de la cent quatrième brigade. Vous partirez dès la fin de cette réunion sous prétexte de transporter du matériel important pour tes expériences.
Elle approuve et Laiah hoche la tête, en accord avec la décision du major. Elle avance de quelques pas et plonge son regard dans celui du grand blond.
– J'aimerais beaucoup qu'Armin Arlelt soit mis au courant de la situation ainsi que de mon secret. Il possède une intelligence redoutable et un esprit tactique qui a sauvé plus d'une fois le bataillon. Il pourra nous être utile, et il est digne de confiance.
Erwin soutient son regard, réfléchissant à sa requête, puis il acquiesce.
– Entendu, je le convoquerai dès que vous serez sortis et lui expliquerai tout en détails. Ainsi, lorsque vous partirez avec la cent quatrième brigade, il sera au courant et Livaï et toi pourrez compter sur son soutien une fois au QG.
– Y-a-t-il autre chose ? je demande.
– Non, répond le major. Vous pouvez aller terminer vos préparatifs pour le départ. Je vais faire demander le cadet Arlelt immédiatement et vous enverrai quelqu'un lorsque vous pourrez partir. Hanji, fais au plus vite pour rejoindre le QG. Livaï, pendant le trajet, n'hésite pas à faire des pauses pour donner un maximum de temps aux autres de s'occuper d'Annie. Il faut que le moins de personnes possibles connaissent sa présence.
Sur ces dernières directives, nous quittons le bureau. Nous rejoignons la cour où une majeure partie du groupe attend déjà et nous occupons des chevaux. Une heure passe avant qu'Armin ne sorte dehors. Je lève les yeux vers lui par curiosité, mais je regrette ce geste au moment même où je l'effectue. Je flippe tellement de ce qu'il pourrait penser, je ne sais même pas pourquoi. Le type, en plus d'être la gentillesse et l'innocence incarnées, a parfaitement accepté son pote capable de se changer en titan, alors une pauvre meuf qui vient d'un autre monde et qui connaît le futur, ça doit être easy. Comme pour me donner raison, le jeune homme m'adresse un petit sourire amical avant de se diriger vers sa monture. Je souffle alors, évacuant le stress intense que j'ai ressenti pendant deux secondes et demi. Livaï indique le départ, je monte alors en selle et nous quittons la caserne au pas pour gagner les ruelles de la ville.
Chapitre 9 : Prudence
/Point de vue Laiah/
Je chevauche en silence, en arrière du cortège, avec le caporal à mes côtés qui surveille le groupe d'un œil froid et attentif. Soudain, il ordonne l'arrêt général du convoi afin que les montures puissent se reposer et que tous puissent se désaltérer près du ruisseau. Je m'éloigne de quelques pas, peu à l'aise avec la cent quatrième brigade, enfin surtout Reiner et Berthold. Je plonge ma gourde dans l'eau pour la remplir quand je sens une présence près de moi. Livaï s'accroupit de la même façon que moi, le regard fixé au loin.
– Lorsque nous serons au QG, me souffle-t-il doucement, je reprendrais ton entraînement. Mais cette fois, ce sera bien plus intensif.
– Pourquoi ? je demande en haussant un sourcil.
– J'ai un mauvais pressentiment.
Immédiatement, l'image de Kenny Ackerman infiltre mes pensées. Il est vrai que cet homme va être notre ennemi d'ici quelques temps, et il faut dire qu'il est redoutable.
– Tu as acquis un niveau correct, continue le haut gradé, mais tu as encore beaucoup à améliorer. Tu es pour l'instant bien trop faible, et même si ton corps s'adapte vite et t'offre un sixième sens hors du commun, tu ne peux pas compter que là dessus. Si jamais je dois être dans l'incapacité de te protéger, il faut que tu puisses te défendre seule.
Je le regarde en silence, soucieuse de ses paroles.
– Tu es devenue un élément crucial pour le bataillon Laiah, assène Livaï d'un ton ferme. Et en plus de ça, tu es membre de mon escouade, ta sécurité est donc d'autant plus ma priorité.
Je hoche la tête.
– Entendu, je ferai de mon mieux.
Je me relève alors pour ranger ma gourde sur le sac porté par mon cheval tandis que le caporal retourne auprès du groupe situé à quelques mètres, près de la berge. L'ambiance est électrique, Jean et Eren étant encore en train de se disputer. Armin s'approche de moi pendant que je caresse l'encolure de ma monture, perdue dans mes pensées. Il se racle la gorge pour m'avertir de sa présence et je rencontre enfin ses yeux bleu océan.
– Est-ce que ce n'est pas difficile pour toi ? demande-t-il alors. De vivre tout ça ?
Je souris. Ce garçon est d'une gentillesse incroyable.
– Sincèrement, je ne sais pas. J'ai réfléchi à beaucoup de choses depuis mon arrivée, mais je n'ai pas énormément de réponses.
– Pourtant, malgré l'incertitude que tu m'expliques, tu sembles toujours savoir quoi faire. De ce que le major m'a expliqué, tu n'as pas hésité un seul instant pour offrir ton aide. Et lors de l'expédition, tu as géré la situation avec succès.
Je fais la moue. Mon pauvre Armin, si tu savais à quel point j'ai flippé comme une merde pendant l'intégralité de cette mission. Je n'ai agi que par instinct, mon cerveau lui, il s'occupait de paralyser la partie sensée de mon esprit.
– J'ai tellement bien géré que j'ai fait une crise d'angoisse en plein territoire ennemi après une chute de quinze mètres de haut, dis-je d'un ton moqueur envers moi même.
Le sarcasme, ma passion. Le petit blond semble amusé par ma remarque puisque son sourire s'agrandit légèrement.
– Tu sais, ça arrive même aux meilleurs ça, me rassure-t-il.
Je ne dis rien, je n'ai rien à répondre à vrai dire. Mais je me permets d'étirer mes lèvres pour lui adresser une esquisse sincère en guise de remerciement pour sa prévenance à mon égard.
– Si jamais tu as besoin de quoi que ce soit, renchérit le garçon, tu peux compter sur moi. Tu es mon amie à présent Laiah, et ce même si je ne te connais que très peu.
Il semble légèrement gêné.
– Pour moi, savoir que tu aides le Bataillon au péril de ta vie, que tu essaies de sauver un maximum d'entre nous, que tu fais de ton mieux pour aider Eren et que tu as souhaité me révéler ton secret, ce sont des éléments plus que suffisants pour gagner ma confiance.
– Merci beaucoup Armin, je souffle alors. Tu peux compter sur moi, toi aussi.
Livaï revient alors vers les chevaux et saisit la bride de l'animal au pelage noir qui lui est assigné. Il monte en selle et glisse son regard acier sur le groupe.
– Allez, on repart, ordonne-t-il avec désinvolte.
Je souris, amusée par son flegme et grimpe à mon tour sur ma monture. Nous rejoignons le QG en quelques heures, le soleil commence juste sa course vers l'horizon lorsque nous posons pied à terre. Hanji est face à nous, elle nous accueille avec un rictus digne d'elle.
– Au lieu d'afficher cette tronche de tarée, lance Livaï, toujours aussi amical, dis-moi si tu as eu le temps de faire le nécessaire.
Cette phrase n'a de sens que pour ceux qui savent qu'Annie est ici. La cheffe d'escouade hoche la tête.
– Tout est prêt, oui.
Le caporal ne répond pas et se dirige vers les écuries situées à une cinquantaine de mètres de la cour. Toutefois, il s'arrête à mi chemin et se retourne pour me fixer. Je comprends que je dois le suivre et guide ma propre monture vers lui. Certains membres de la cent quatrième brigade font de même. Nous nous retrouvons donc à plusieurs dans l'étable pour desseller les chevaux. Une fois que Livaï a terminé, il se poste près de la stalle dans laquelle je suis et m'attend, ce qui n'échappe bien évidemment pas aux autres recrues. Je me dépêche de finir histoire d'éviter à leurs esprits de se poser trop de questions, même si je suis consciente qu'il est sûrement trop tard. Je saisis mes sacs et nous partons en direction du château. En traversant les couloirs en direction des appartements des hauts gradés, je me rends compte que le fait que je partage les quartiers de mon supérieur va également me retirer pas mal de points en discrétion. Merde. Nous entrons enfin. L'ensemble de pièces attribué au caporal est similaire à celui qu'il a dans la caserne. Toujours un bureau agencé à la perfection, toujours une porte sur la gauche qui mène à la chambre, toujours des meubles sobres et une petite salle de bain sur le côté, bien que celle-ci dispose aussi d’une baignoire, quel luxe, toujours un balcon large et donnant sur un panorama sublime, bien que forestier dans ce cas. Nous rangeons nos affaires rapidement, il est hors de question que quoi que ce soit reste à traîner, Livaï est un maniaque qu'il ne faut pas contrarier. Quand à moi, ma psychorigidité me permet d'apprécier ce mode de vie.
– Laiah, me dit alors mon protecteur, change-toi, nous allons faire un premier entraînement avant que la nuit ne tombe.
Je hoche la tête et m'empare de vêtements avant d'aller dans la salle de bain. Je resors habillée d'un short noir et d'un débardeur de la même teinte. Je ne m'embête pas pour les chaussures et enfile mes cuissardes habituelles. Le caporal lui reste en uniforme et nous sortons du bâtiment pour aller dans la clairière située derrière l'imposant château. Une fois au centre, il retire les sangles qui parcourent son corps ainsi que sa veste et sa chemise, qu'il plie soigneusement avant de les poser au sol. J'admets que pour ne pas abîmer les fringues, c'est judicieux. D'un autre côté, je trouve que c'est injuste que les hommes puissent se désaper comme ça, et les femmes non. Mon regard le parcourt par réflexe, comparant le véritable corps qu’il a à celui de la version dessinée ou animée de l’univers d’où je viens. Je manque de concentration à me perdre dans mes pensées. Un mouvement attire mon regard et je vois le brun lancer une première offensive. Alors effectivement, éviter de finir en charpie me semble soudainement un bon argument pour donner mon attention à l'activité.
/Point de vue Livaï/
En face de moi, Laiah semble perdue dans ses pensées. Pourtant, ses yeux sont posés sur moi, mais elle ne me regarde pas vraiment. Décidé à lui montrer que la concentration est une chose primordiale, je l'attaque sans prévenir. Toutefois, mes précédentes leçons ont porté leurs fruits puisque ses iris sont brusquement parcourus d'un éclat alors qu'elle relève la tête vers moi. Mon pied frappe donc en direction de ses côtes, et elle pare le coup avec son avant bras. Le choc la fait grimacer, preuve que si ses réflexes sont bons, sa force est encore insuffisante. Je vais devoir lui faire travailler ce point. Mais pour l'instant, je dois la pousser dans ses retranchements. J'enchaîne les offensives sans la ménager. Elle bloque correctement, mais je sens qu'elle suit le rythme avec difficultés. De plus, elle est en position de faiblesse puisqu'elle ne peut m'attaquer en retour. Au bout de vingt minutes, elle commence à s'essouffler. J'accélère la fréquence de mes approches. En combat réel, son ennemi ne lui fera aucun cadeau, je dois donc la confronter à une situation aussi réaliste que possible. Elle comprend vite mon attention, et, consciente de ses lacunes, elle décide de frapper à son tour pour ne pas se laisser dominer par la vitesse que je lui impose. Elle se jette sur moi, prenant de l'élan pour combler son manque de puissance. Je reste droit, saisis son haut d'une poigne ferme et la fait basculer par dessus mon épaule. Elle s'écrase au sol avec un gémissement de douleur et je l'immobilise en me plaçant au dessus d'elle avant de lancer mon poing fermé en direction de son visage. Elle ferme les yeux mais j'arrête mon geste à quelques millimètres d'elle. Elle ouvre de nouveau ses paupières. Le silence se répand dans la clairière, coupé uniquement de nos deux respirations, rapide pour la mienne et complètement irrégulière pour celle de Laiah. Nous nous fixons simplement, les yeux dans les yeux. La peur qui luisait dans ses iris lorsque je l'ai rencontrée il y a déjà plusieurs mois s'est transformée en un mélange de confiance, d'assurance, de respect et d'admiration. Elle a beaucoup mûri en peu de temps. Mon rôle à présent est de faire d'elle une combattante d'élite, qui sera capable de se défendre s'il devait se passer quelque chose d'imprévu. Un mouvement au loin attire mon attention. La cent quatrième brigade, postée sur les remparts du château, regarde dans notre direction. Je suppose qu'ils sont là comme des glands à nous observer depuis un bon moment. Ils ont pas mieux à faire ces morveux ? Je me relève, libère mon étreinte sur le corps de la jeune fille et lui tend la main. Elle la saisit et se relève. Le soleil disparaît lentement à l'horizon tandis que nous retournons vers l'édifice. Une fois au pied du mur, je lève les yeux et regarde froidement les gamins qui ne foutent rien.
– Hey, vous avez pas mieux à faire que de glander comme un troupeau de bœufs ?
Aussitôt, ma réplique fait son effet et les jeunes soldats se précipitent à l'intérieur. Je retourne dans mes quartiers, Laiah sur les talons. Les vêtements et sangles que j'ai dans la main retrouvent leur place dans la petite penderie dédiée aux affaires que je peux remettre avant lavage.
– J'ai fait en sorte qu'il y ait une réserve de papiers et de crayons dans mon bureau, j'annonce tranquillement à la passionnée d'arts.
Son visage s'éclaire et elle me remercie.
– Demain, je t'entraînerai assez tôt, histoire de profiter du plus de temps possible.
– Entendu.
Elle va ensuite dans la salle de bain pour se rafraîchir après la séance de ce soir. Je prends sa place quand elle sort. Le temps que l'eau coule sur mon corps, je laisse mon esprit divaguer, à la recherche de réponses aux nombreuses questions qui se bousculent en moi. Comment capturer le colossal et le cuirassé, qui sont à nos côtés chaque jour ? Comment préserver la vie de mes soldats ? Comment m'assurer que Laiah ne sera pas découverte et tuée ? Je termine ma toilette et reviens dans la chambre. La gamine est installée sur le lit. Pour une fois, elle s'est endormie rapidement. Son visage est paisible, elle n'a pas l'air préoccupée par le danger qui l'entoure constamment. Pourtant, je suis certain qu'elle en a conscience, et qu'il imbibe ses pensées comme un poison lent et mortel. Je l'ai vu lors de son arrivée, puis lors de l'expédition, et même si elle contrôle aujourd'hui ses réactions, je sais qu'elle a toujours de grandes failles en elle. Avec un soupir las, je m'allonge à côté d'elle et fixe son corps se soulever doucement au rythme de sa respiration. Je m'endors lentement sans vraiment m'en rendre compte.
/Point de vue Laiah/
J'ouvre les yeux et fronce les sourcils en reconnaissant les lieux. Le couloir D de mon lycée. Est-ce que je vais encore contacter mon ancien monde ? J'avance doucement et décide d'entrer dans la salle d'espagnol, j'ai passé des moments vraiment funs ici avec...
– Eli ? dis-je en apercevant la chevelure à la fois foncée et blonde de mon ami.
Il se retourne.
– Laiah ! Juliette avait donc raison pour une fois !
Mon pote sourit avant de reprendre.
– Si j'ai bien compris, tu es dans l'univers de SNK ?
Je hoche la tête en approchant.
– Elle avait raison, et à ce que je vois, tu l'as crue malgré le côté improbable. Et ouais c'est ça, tu as tout compris.
– Il faut que je la fasse vu la situation, renchérit Eli en me lançant un regard complice. Mikasa es su casa ! En parlant d'elle, tu l'as vue ?
Je ris alors.
– Entre toi et Juliette qui m'a fait une Infinity War, on a les potes qu’on mérite. Et oui, j'ai beaucoup pensé à toi d'ailleurs.
Mon ami arbore maintenant un sourire niais.
– Mmmh, elle est comment ? Et Livaï ? Tu l'as vu ?
– Encore plus sublime en vrai ! Un peu que je l'ai vu, j'ai interdiction formelle d'être ailleurs qu'à ses côtés. Limite même dix mètres d'écart c'est trop !
Je reprends un air sérieux tandis que ma voix se radoucit.
– J'ai de la chance de l'avoir comme gardien. Il est si prévenant, et il a tant fait pour moi. Je lui dois la vie, et c'est pas une hyperbole.
– Et bien, quelle veine de passer tes journées avec l'un de tes crushs ! Moi aussi je voudrais bien passer les miennes avec Mikasa.
Il me fait un clin d’œil.
– Et mes nuits aussi ! Tu n'en baves pas trop ?
– Si tu savais comment j'ai douillé pendant qu'il m'enseignait comment survivre dans ce monde de barges. Pour être honnête, c'est difficile comme entraînement, mais je dois y arriver, j'ai pas le choix.
Il hoche la tête.
- Ça se voit, tu as pris en musculature, ton corps a changé. Est-ce que ça va aller niveau santé ? C’est tellement différent entre chez nous et là bas, et tu peux oublier la sécurité sociale.
- Pour l’instant ça va, et oui, je sais, ça manque grave ça.
– Et tu as changé beaucoup d’événements ? Fais gaffe à l'effet papillon quand même.
– Pour l'instant, j'ai sauvé l'escouade Livaï, et oui je sais. T'imagines pas le dilemme moral que j'ai eu en arrivant. Mais l'entité qui m'a envoyée ici m'a confirmé que j'étais là pour aider, donc bon. Je ferai de mon mieux.
– Si tu peux, protège ma chérie.
– Eli, ta chérie a bien plus de chances que moi de survivre tu sais.
Mon ami me sourit.
– Effectivement c'est la meilleure. Juliette m'a dit que tu ne reviendras pas, mais si on peut se voir en rêves, c'est déjà bien. Fais attention à toi. T'es rendue où dans l'histoire ?
Je le regarde avec une pointe de déception.
– Je suis coincée ici ouais, et je ferais attention. Je suis rentrée de la première expédition il y a quelques jours celle durant laquelle le titan féminin a attaqué.
Eli commence à disparaître, il plonge ses yeux dans les miens et je sens une émotion mélancolique m’envahir.
– Je vais devoir te laisser je crois, me dit-il. Je vais retrouver Supergirl. Je suis contente de t'avoir revue.
Je murmure un au revoir mais mon ami n'est déjà plus là. Soudainement, je suis prise dans un ouragan. Par instinct, je place mes bras devant mon visage et ferme les yeux. Lorsque le calme revient, je me rends compte que je suis à Nantes, dans le jardin japonais. Mon cœur se gonfle de bonheur tandis que j'admire ce lieu magnifique de ma ville sublime. Ma belle Nantes, tu me manques tellement. Je m'assois sur un rocher et admire le soleil se refléter sur l'eau claire. Mes iris accrochent les nuages et la paix emplit mon âme. Je me sens bien.
– Ah bah bien sûr, trancha une voix derrière moi, être coupé dans mes rêves chelous et funs ne pouvait pas signifier autre chose que tomber sur notre clocharde disparue depuis des mois.
Je tourne la tête et vois Ugo s'approcher de moi pour s'assoir à mes côtés. Amusée, je râle faussement :
– Z'êtes une belle bande de crevards tous autant que vous êtes.
Mon ami·e rigole.
– Bon, si j'ai bien suivi l'histoire, tu comptes pécho Mikasa, Livaï ou un de tes autres crush avant de revenir ou comment ça se passe ?
Je lève les yeux eu ciel, exaspérée.
– Mais quel boulet, encore quelqu’un qui me connaît bien.
Avant qu'il ne puisse répliquer à mon sarcasme, je lève mon index comme une enseignante de primaire.
– Point numéro un, je ne pécho personne, j'essaie déjà de ne pas me faire bouffer ou assassiner.
Mon majeur rejoint le premier doigt en l'air.
– Et point numéro 2, je ne reviens pas.
Iel prend un air grave.
– Je suppose que le pouvoir de l'amitié ne sera d'aucune utilité ?
– Laisse tomber, même l'entité qui m'a foutue dans ce merdier a claqué en le faisant.
– Oh... Tu sais, si tout ce qu'il faut c'est un sacrifice...
Iel baisse les yeux. Agacée par sa pensée presque informulée, je lui tape amicalement l'épaule.
– T'es bête.
– C’est très sérieux ! Je sais pas à quel degré ils ont besoin de toi, mais ils s'en sortaient pas si mal dans l'histoire. Et nous, pour le coup, on a vraiment besoin de toi ! Pour quelle raison je vais pouvoir rester à Nantes tard le soir si c'est pas pour te regarder enchaîner les bières ?
Je souris tristement, mais toutefois amusée et nostalgique.
– Je ne peux pas revenir Ugo. Le seul moyen qui existait est mort, je suis bloquée ici, tu comprends ? Et sincèrement, je sais même pas si je suis vraiment utile, je suis juste devenue un putain d'oracle.
– Nan mais merde ! s'énerve-t-iel. Tu crois vraiment que je vais te regarder disparaître après mon rêve sans rien faire ?
Je passe délicatement mes doigts dans ses cheveux pour l'apaiser tandis que des larmes montent dans ses yeux.
– Oui Ugo, c'est ce que tu vas faire. Comme Juliette et Eli avant toi.
Ma voix est douce, mon regard mélancolique.
– Tu es une personne formidable, je souffle. Ton amitié est précieuse, ne l’oublie jamais.
– Je serai toujours ton ami·e, jusqu'à ce l'un de nous disparaisse !
Je grimace.
– Fais gaffe, mon espérance de vie ici n'était déjà pas glorieuse avant, ici c’est encore pire. Sans Livaï, je serais morte dès mon arrivée déjà.
Ugo blêmit.
– Livaï ? Laiah... T'es quand même pas entrée dans le bataillon d'exploration ?
Il me regarde avec un mélange de panique et de rage contenue.
– Juliette vous a pourtant raconté, on voit que tu suis.
Et, comme pour apporter une deuxième confirmation, je désigne d'un geste mon uniforme.
– J'ai pas percuté ok ?! s'explique mon ami·e. Je suis un peu ailleurs depuis que t'as disparu...
– Je ne savais pas que ça t'avait tant impacté·e.
– Nan mais t'as cru que t'étais quoi au juste ? Un truc remplaçable et oubliable ?
Je souris. Je ne sais pas quoi dire. Ugo commence à disparaître.
– Je crois que tu vas te réveiller, je murmure en le pointant du doigt. A plus Ugo.
Il à peine le temps de répondre qu'il disparaît déjà.
Faudra patienter pour la suite.
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Commentaires
1 Easlech1203 Le 04/07/2021
Byeee!
laiah Le 08/07/2021
2 Eikyu Le 21/06/2021
À bientôt j'espère.
Eikyu
laiah Le 21/06/2021
un grand merci pour ton commentaire, je suis contente d'apprendre que tu aimes mes histoires, évidemment je la poursuivrai elle comme les autres, certaines fictions demandent juste beaucoup de temps, et en particulier celle ci puisque je dois prévoir vis à vis de l'histoire canon et éviter un max les incohérences ! Mais ça viendra !
Merci pour mon humour, il est très content de le savoir ! :)